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Groupe Management social -
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75011 Paris -
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Nous n'avions rien vu venir :
Et pourtant, sans
crier gare, mouvement de grève.
“Nous n'avons rien vu venir”, déclarent ses collaborateurs, faisant
écho à sa propre surprise. Stupeur,
dénégation, indignation - il lui faut pourtant faire
son deuil : voilà ses brillants résultats
compromis. Et d'exprimer sa colère sur deux modes :
C'est alors que l'on fera appel au consultant pour
essayer de comprendre ce qui s'est passé. Or, ce qui s'est
passé est assez simple : ce que perçoit le
dirigeant, de la vie de l'entreprise, n'a rien à voir avec
ce que perçoit la masse du personnel ; en sens inverse,
ce que perçoit la masse du personnel est étranger
à ce que perçoit le dirigeant. (le lancement du
nouveau produit, les résultats, etc.) aura été
perçu comme une insupportable régression aux yeux du
personnel (travail supplémentaire, injonctions paradoxales, développement du stress, etc.).
Les salariés ont bien essayé de le faire savoir, mais la
Direction leur donnait le sentiment d'avoir l'esprit ailleurs :
ils n'avaient d'ailleurs pas tort, puisqu'elle ne songeait
qu'à atteindre, coûte que coûte, les objectifs
qu'elle s'était fixés. Il y a donc eu une rupture de communication.
C'est ce qu'on appelle un conflit.
Encadrement, représentants du personnel :
Le dirigeant, dans toute organisation un
peu grande, n'est jamais en contact direct et permanent avec
la base ; il lui faut donc des
intermédiaires. Ces intermédiaires, dans
l'entreprise, sont de deux sortes : il y a d'abord l'encadrement,
et il y a ensuite la représentation du personnel. Si donc le
dirigeant s'est laissé surprendre par des réactions
inattendues, à ses yeux, venant du personnel, c'est que
ces intermédiaires n'ont pas joué leur rôle de
transmission et d'alerte.
Venant de l'encadrement, la rupture est
à chercher quelque part dans la chaîne
hiérarchique. Les agents de maîtrise,
interrogés après coup, expriment souvent leurs
difficultés à se faire entendre de leur propre
supérieur hiérarchique. Celui-ci, de son
côté, peut être ailleurs,
prisonnier de ses certitudes et de ses préoccupations
au point d'être devenu aveugle face aux signaux
faibles envoyés par le personnel. Il estime
essentiel de réaliser ses objectifs et il ne comprendrait
pas qu'il n'en aille pas de même de ses collaborateurs. Il
est passionné par ce qu'il fait au point d'imaginer que tous
partagent nécessairement sa passion. A moins qu'il
sous-estime les raisons que ses collaborateurs pourraient
avoir de se plaindre. Quoi qu'il en soit, il aura
négligé d'essayer de les comprendre dans ce
qu'ils ont de différent de lui-même. Il aura
été victime, autrement dit, de sa tendance au
narcissisme.
Mais alors, que faisaient les représentants du
personnel ? Parfois, ils n'auront pu eux-mêmes se faire
entendre : ils ont tellement tendance à se montrer
systématiquement critiques et à se plaindre en
permanence. Parfois, ils auront été eux-mêmes
absents, coupés sans même s'en douter des
préoccupations de leurs mandants, enfermés dans
leur propre problématique. Parfois, enfin, ils auront
attendu le moment qu'ils jugeaient propice pour mobiliser
le personnel, prenant alors la tête du mouvement,
consolidant ainsi leur pouvoir ou prenant leur revanche sur la
Direction. Dans un cas comme dans l'autre, ils auront failli par
rapport au rôle que l'on pouvait attendre de leur part.
Le dirigeant se sera ainsi laissé surprendre parce que les
relais sur lesquels il comptait n'auront pas fonctionné.
Mais se seraient-ils exprimés, les aurait-il
écoutés ? Peut-être aura-t-il eu tendance, de
son côté, à se fier trop exclusivement à
des indicateurs, le plus souvent chiffrés, qui à ses
yeux lui rendaient fidèlement compte de la
réalité.
La carte n'est pas le territoire :
Boussole et astrolabe sont
incontestablement utiles au marin ; cependant, elles ne sauraient
lui rendre compte de l'état de la mer ; celui-ci se jauge,
nez au vent, à scruter l'horizon. Nombre de managers,
pourtant, s'imaginent, enfermés dans leur bureau,
qu'indicateurs et tableaux de bord leur suffiront pour juger de
l'état de l'entreprise. C'est oublier un peu vite
qu'indicateurs et tableaux de bord, par construction,
reflètent leurs préoccupations avant même
la réalité de l'entreprise. Il s'agit là
d'outils qui les renseignent sur ce qui les intéresse, non
pas nécessairement sur ce qu'il serait pertinent de chercher
à évaluer.
Le manager ainsi enfermé dans ses
ratios est un idéaliste ; compte tenu de sa formation et des
objectifs de résultats sur lesquels il cale sa conduite, il
en vient à oublier les réalités
concrètes que prétendent exprimer les chiffres
qu'il a sous les yeux ; tel Li Po, il se noie, croyant pouvoir
embrasser la lune en se jetant sur son reflet dans l'eau. Il
a, autrement dit, perdu le sens des réalités. Vient
le jour où les réalités le rattrapent et,
alors, le réveil est parfois amer. C'est ce qui s'appelle
prendre ses désirs pour des réalités.
Ainsi, à moins d'être poète,
devient-on autiste. Tel est le danger qui guette à tout
moment le manager ; et cela, les grands dirigeants le savent bien,
tel le calife Hârûn Al-Rashîd, s'échappant
de son palais pour visiter nuitamment Bagdad, déguisé
en mendiant.
Ce qu'il faut éviter :
Hubert
Landier |