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Documents de référence
“Mon délégué est insupportable” :
qu'est-ce-qu'il faut faire ?

Point de vue du n° 715 (9 janvier 2006)
C'est là une observation que font souvent les managers de terrain. Ils se trouvent confrontés à un délégué, expliquent-ils, qui serait agressif, vindicatif, parfois même violent, et qui leur polluerait l'existence. Leurs relations avec lui, à les entendre, se résumeraient à une guérilla permanente dont ils imputent la responsabilité à leur interlocuteur, qu'ils accablent volontiers de reproches.
Les DRH se trouvent ainsi confrontés à une situation qui n'est jamais simple. Peut-être le délégué a-t-il effectivement un comportement inacceptable, et même susceptible de faire l'objet d'un recours judiciaire. Mais peut-être le manager exagère-t-il, ses reproches exprimant d'abord les mauvaises relations qu'il entretient avec son interlocuteur. Il va falloir alors essayer de croiser les informations afin de savoir ce qu'il en est réellement. Ensuite, il va falloir imaginer une solution, qui ne saurait - sauf faute grave de sa part - passer par le désaveu du manager, et dont la mise en oeuvre prendra peut-être du temps. Et tout d'abord, il va falloir se garder d'un certain nombre d'erreurs.

Ne pas opposer agressivité à agressivité :
les erreurs à éviter


Venant d'un représentant du personnel, un comportement agressif peut résulter, soit d'un tempérament naturellement violent, soit d'une situation sociale dégradée. Quoiqu'il en soit, le manager qui lui fait face - chef de service ou chef d'établissement - est naturellement tenté de vouloir en finir avec une situation qui lui paraît intolérable. Laissé à lui-même, il risque ainsi, par son propre comportement, de compliquer encore le problème en s'engageant dans une spirale répressive ; au-delà de la fermeté que la situation exigerait, il va répondre coup pour coup ou essayer de déstabiliser son adversaire par des “coups tordus” qui ne feront que le renforcer dans sa détermination.

De là une situation de blocage évidemment préjudiciable au climat social, indépendamment des problèmes en suspens, les salariés assistant alors à un pugila dont ils ne se sentent pas partie prenante. Le risque, alors, est de lui donner implicitement raison en en faisant un “martyr”. Sa crédibilité peut se trouver renforcée ; celle du manager, quoiqu'il en soit, ne l'est pas. Les salariés, d'une façon générale, réprouvent en effet toute forme d'action agressive qui n'est pas expressément justifiée par les circonstances. Celui qui se montre ainsi le plus inutilement agressif est assuré de se discréditer aux yeux du plus grand nombre.

Bien entendu, il ne s'agit pas non plus de laisser le délégué agressif se comporter à sa guise au détriment de l'efficacité de l'entreprise et au détriment de représentants du personnel observant un comportement plus mesuré. Une attitude de faiblesse, ou de lâcheté, sera vite perçue négativement par une partie du personnel, qui ne se reconnaît pas dans le comportement agressif du délégué, et qui en viendra ainsi à reprocher au management son manque de fermeté. Tel syndicat en étant ainsi venu à “faire la loi”, une remise en ordre risque par la suite de se montrer indispensable, qui sera interprétée comme une “déclaration de guerre” ou le signe, venant de la Direction, d'une volonté de “répression”. Or, une telle remise en ordre n'aurait pas été nécessaire si l'on avait fait preuve, à temps, de la fermeté nécessaire pour éviter toute dérive ultérieure.

En résumé, deux attitudes sont également à éviter :

  • l'agressivité inutile,

  • la faiblesse honteuse.

Fermeté n'est pas agressivité :
l'attitude à adopter

Le manager doit donc surtout éviter de s'enfermer dans un état de furie symétrique à celle qu'il attribue à son interlocuteur. Son comportement ne doit pas être inspiré par la colère que lui inspire son interlocuteur, mais par la nécessité de faire respecter certaines règles - règles légales, règles de fonctionnement et règles de civilité :

  • le délégué dispose de droits (le plus souvent, il en fait volontiers état), mais il doit lui-même respecter certaines règles légales ; sans tomber dans un formalisme juridique excessif, celles-ci, lorsqu'il s'en écarte, doivent lui être rappelées ; par exemple, si l'employeur n'a aucun droit de contrôle sur l'usage qu'il fait de ses heures de délégation, le délégué se doit, en revanche, de prévenir de son départ en délégation et de respecter le nombre maximal d'heures que la loi lui attribue pour l'exercice de son mandat ; un recadrage peut ainsi se révéler nécessaire, le manager pouvant, pour ce faire, s'appuyer sur la DRH ;

  • le manager a la charge de manager une équipe et il est de l'intérêt, pour les membres de celle-ci, que les choses se passent au mieux ; cela suppose le respect de certaines règles de fonctionnement dont l'inobservance risque de se traduire d'une façon négative (manquement à la sécurité, surcroît de travail, déficit d'efficacité collective) ; il se doit donc de pointer, et éventuellement de sanctionner, les comportements qui portent atteinte à l'intérêt des membres de l'équipe et se comporter ainsi en garant de l'intérêt général ; bien entendu, cela ne saurait empêcher les uns et les autres d'agir en vue d'obtenir une modification des règles du jeu qui leur semblent injustifiées ;

  • il doit enfin assurer le respect des règles minimales de civilité, sachant que celles-ci ne sont pas les mêmes au pied d'un haut fourneau ou dans un commerce de luxe ; quoi qu'il en soit, il s'agit de s'opposer à toute dérive par rapport à la bienséance ; les comportements gravement injurieux doivent donc être sanctionnés, sachant que la plupart des salariés eux-mêmes admettent difficilement, venant de leurs représentants, un comportement qui ne leur ferait pas honneur.
Au total, cela suppose, venant du manager :
  • qu'il sache maîtriser sa propre colère, face au comportement qu'il reproche à son interlocuteur,

  • qu'il se pose en gardien des règles sur lesquelles repose le fonctionnement du collectif de travail (et ceci tout en respectant la diversité des options ou des points de vue personnels),

  • qu'ainsi il sache faire preuve, face aux emportements de la passion, d'une autorité propre à lui rallier la sympathie du plus grand nombre.

Dénouer la violence mimétique :
L'opportunité de faire appel à une tierce partie

Les mauvaises relations entre manager et représentant du personnel sont souvent fondées sur une logique de situation qui débouche sur des réactions symétriques de violence mimétique : plus le délégué se montre “virulent” aux yeux du manager, plus celui-ci se livre à une “chasse aux sorcières” aux yeux du délégué, plus il se montre hargneux, et ainsi de suite. Bien entendu, il ne s'agit plus de chercher à comprendre pourquoi l'autre se comporte ainsi, mais de chercher à l'anéantir.

Au passage, l'on s'en fera une image négative, plus ou moins décalée par rapport à ce qu'il est réellement. A cela s'ajoutent les réactions de groupe résultant du jeu de rôle où chacun tend à s'enfermer, de sorte que tel individu délicieux en privé se comportera comme une bête furieuse dès lors que la situation l'exige de lui, ou du moins du personnage qu'il représente.

Dans ces conditions, il peut être urgent de prendre du recul, et c'est bien le rôle qui revient alors à la DRH. Intervenant de l'extérieur, il va lui falloir se poser préalablement deux questions :

  • le délégué est-il réellement aussi odieux que le manager le prétend ?

  • pourquoi est-il comme cela ?
A partir de là, il va lui falloir intervenir de différentes façons :
  • faire en sorte que le manager respecte les règles en vigueur dans l'entreprise en ce qui concerne les relations sociales, celles-ci se fondant sur le respect des règles légales et sur celui des principes éthiques tels qu'ils ont été validés par la Direction générale ; il s'agit, autrement dit, de s'opposer à d'éventuels dérapages, venant de managers avant tout soucieux d'efficacité immédiate et qui ne sont pas nécessairement très au courant du cadre juridique qu'ils doivent respecter et faire respecter ; il s'agira de lui éviter ainsi de se mettre en infraction avec la loi (délit d'entrave) tout en le soutenant dans l'action à mener contre d'éventuels débordements, venant du délégué, en vue de son “recadrage” légal ;

  • dénouer la logique de situation ayant abouti à un constat de blocage en la faisant progressivement évoluer, ce qui supposera, dans le temps, une action diplomatique, alliant fermeté et souplesse ; cela supposera dans certains cas de faire comprendre au manager que la solution la plus efficace n'est pas nécessairement la plus radicale et que ladétérioration du climat social résulte souvent d'abord de carences en matière de management ; au-delà du cas d'espèce (parfois, hélas, aussi inévitable qu'immérité), il s'agira, autrement dit, de faire évoluer la représentation du personnel et les rapports sociaux dans le sens d'un respect mutuel et d'un respect, de part et d'autre, des règles du jeu (règles légales et règles comportementales).
Il s'agit donc :
  • de prendre du recul,

  • d'assurer le respect des règles qui s'imposent de part et d'autre,

  • de dépasser les accusations réciproques et de favoriser les évolutions qui permettront d'en finir avec une situation de blocage et de violence mimétique.
Pour les services RH, cela ne va pas de soi ; il leur faut en effet :
  • faire face à l'accusation selon laquelle ils “feraient le jeu des adversaires de l'entreprise”, venant de managers d'autant plus enclins à mettre en avant des solutions radicales qu'ils connaissent plus mal les règles sociales qui s'imposent à l'entreprise,

  • disposer de l'autorité nécessaire pour se faire respecter par des managers, à des niveaux parfois élevés dans la hiérarchie, et qui peuvent être tentés d'instrumentaliser, à leur convenance, le RRH affecté à l'unité qu'ils dirigent.

Hubert Landier

 
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