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Groupe Management social -
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Réduire les coûts en coupant dans le budget :
La direction des ressources humaines, qui
avait prévu un programme lourd, en conseil et en formation,
visant à une amélioration des relations de travail,
est priée de le remettre à plus tard. Rien que de
très normal. Il s'agissait d'un programme
coûteux (500 000 Euros environ) et dont
l'utilité n'est pas apparue comme
évidente aux yeux des gestionnaires. L'objectif, pour
eux, est d'aboutir à un rééquilibrage
des comptes. L'axiome sur lequel ils se fondent est simple :
les comptes expriment la réalité de
l'entreprise ; et si l'on a fait ce qu'il fallait
pour que les comptes soient rééquilibrés, on
aura fait, ipso facto, ce qu'il fallait pour que
l'entreprise aille mieux. Les investisseurs auront lieu
d'être satisfaits et l'équipe de direction
se trouvera confortée, au moins provisoirement, dans sa
position.
La maintenance pourra bien attendre un peu ; le
matériel amorti est encore utilisable ; les postes non
pourvus n'étaient sans doute pas indispensables ;
– et le programme prévu par la DRH faisait sans doute
partie de ces habitudes de luxe que l'entreprise ne peut plus
se permettre dans la situation où elle se trouve
aujourd'hui.
Raisonnement classique. Ce que laissent dans
l'ombre les chiffres sur lesquels il se fonde, c'est
que ce programme d'amélioration du management humain
visait à en finir avec la pratique de certains managers qui,
actuellement, par leur comportement, ne savent pas dynamiser leur
personnel, contribuent au contraire lourdement à
démoraliser leurs équipes, laissant ainsi se
développer les tensions. Réponse des gestionnaires :
l'entreprise n'a pas pour but de créer de la
convivialité et de l'harmonie, mais de faire
du business. Le problème, c'est que
démoralisation des salariés et développement
des tensions ont des conséquences qui n'apparaissent
pas directement dans les comptes ; ces conséquences, ou du
moins les principales, sont les suivantes :
L'envers du décor comptable :
De toute évidence, il s'agit
pour l'entreprise d'autant de coûts. Mais ils ne
figurent pas dans les comptes en tant que tels. Il s'agit
bien de coûts cachés. Le
problème, c'est qu'ils ne sont ni
aisément identifiables, ni facilement mesurables. Au moins
est-il possible de faire une évaluation du poids
qu'ils représentent. Les chiffres qui suivent ne sont
donnés qu'à titre d'exemple, mais ils
donnent une idée de ce que peuvent représenter ces
coûts cachés :
Encore s'agit-il d'un minimum. Le calcul sommaire qui aboutit
à ce chiffre, en effet, ne tient pas compte des
dégradations abusives du matériel, des rebuts et des
pertes de matière qui pourraient être
évités, de la dégradation de la
qualité, de l'altération de l'image de
l'entreprise, de la perte de clientèle qui en
résultent et du risque d'un conflit qui se traduirait
notamment par une perte supplémentaire de chiffre
d'affaire. Quoi qu'il en soit, 10,5 % du chiffre
d'affaire, c'est déjà énorme,
sachant par ailleurs la faible rentabilité de
l'entreprise qui a conduit la direction
générale à lancer son programme de «
réduction des coûts. En termes de bonne
gestion, il semblerait donc urgent de s'employer à la
réduire. C'est l'objectif que se proposait
d'atteindre le programme lancé par la DRH.
L'effet attendu était d'aboutir à une
baisse de moitié de l'absentéisme, du turnover
et de la perte d'efficacité collective.
Indépendamment d'une diminution du risque de conflit,
l'espérance de gain se serait élevée
à hauteur de plus de 5 % du chiffre d'affaire, et donc
une augmentation d'autant du résultat comptable.
Compte tenu du coût comparativement modeste de ce programme
(500 000 Euros, avons-nous dit), il s'agissait donc
d'un investissement hautement rentable. Le problème,
c'est que cette rentabilité ne sera pas apparue,
compte tenu des outils dont disposent les financiers, de la
problématique dans laquelle s'inscrivent leurs
raisonnements, qui les aura conduit à vouloir
procéder mécaniquement à un «
assainissement des comptes de l'entreprise,
c'est-à-dire à un rééquilibrage
des chiffres qui figurent dans sa comptabilité.
Or, cette comptabilité ne prend pas en compte les coûts
cachés. Les postes fournisseurs,
frais de personnel, etc., y figurent clairement, mais ce
n'est pas le cas des sommes correspondant à un
turnover excessif ou aux effets d'une démoralisation
du personnel. Et il en résulte, au-delà du cas
d'espèce évoqué ci-dessus, que les
coûts cachés ne sont pas pris en considération
et que le coût des actions visant à les réduire
est envisagé en termes de dépenses inutiles et non en
termes d'investissements hautement rentables .
Prendre en compte les coûts cachés :
Le problème étant ainsi posé,
reste à lui trouver une solution. On se contentera ici de
quelques pistes.
1 Ne pas confondre la carte et le territoire
La tentation, pour des dirigeants formés dans une
optique trop exclusivement financière, est de confondre la
carte avec le territoire. Le raisonnement financier conduit en
effet à confondre les chiffres sur la base desquels se
prennent les décisions avec la réalité de
l'entreprise. Or, ce n'est pas le cas ; ils rendent
compte de certains flux, les flux marchands, aisément
quantifiables, mais non de tous les flux. Ils ignorent, par exemple
le montant des dégâts éventuellement
causés à l'environnement, ou les
conséquences, sur la santé des salariés, de
conditions de travail dégradées. De ce point de vue,
la carte financière de l'entreprise se trouve
établie de façon à répondre aux besoins
de ceux qui l'utilisent, et ceux qui l'utilisent sont
d'abord ceux qui, à l'intérieur ou de
l'extérieur, se soucient de la rentabilité
apparente de l'entreprise.
Cette rentabilité,
pourtant, peut n'être qu'apparente. Elle donne
une image instantanée, mais ignore largement certaines
conséquences, dont l'effet se fera sentir à
terme, et qui n'apparaissent pas dans les comptes.
L'entreprise peut ainsi assurer sa rentabilité
apparente au prix d'une dégradation des conditions de
sécurité résultant d'économies
réalisées sur les dépenses de maintenance
d'installations dangereuses (une telle accusation a
été lancée à l'adresse de Total
à la suite de la catastrophe d'AZF, par exemple). Elle
peut également, en entretenant l'incertitude sur
l'avenir et sur ses intentions, susciter une
démoralisation de ses équipes de recherche qui se
traduira par une baisse de moitié de leur efficacité
individuelle et collective. Ou encore, elle peut, par de multiples
économies se traduisant par une dégradation,
même insensible, de la qualité de service,
s'attirer (quelles que soient par ailleurs ses
dépenses publicitaires) une réputation fâcheuse
auprès de ses clients. L'effet second de telles
économies, qui se traduisent immédiatement par un
rééquilibrage des comptes, ne se fera sentir
qu'à plus long terme sans que cette hypothèque
n'apparaisse, d'autant plus que sa portée
n'est chiffrable qu'a posteriori.
Cet effet d'hypothèque pourrait être abondamment
illustré. Il convient également de tenir compte des
baisses de coût (telles qu'enregistrées par la
comptabilité) se traduisant par ailleurs par une hausse de
coûts qui, elle, n'apparaîtra pas, ou qui sera
supportée, selon les cas, par le salarié ou le
client. On citera par exemple l'optimisation du temps de
travail des caissières dans les supermarchés, obtenue
au prix de longues attentes aux caisses supportées par les
clients ; ou encore, le standard automatique, économisant un
ou plusieurs postes de travail, au prix de manipulations
compliquées - que le client sera invité à
assurer lui-même. Et ainsi de suite.
Une autre perversité de beaucoup de systèmes comptables
consiste à faire apparaître comme des coûts des
sommes qui pourraient être considérées comme
des investissements - et des investissements parfois très
rentables, comme on l'a vu dans l'exemple plus haut. Le
budget formation figure dans les coûts ; ne s'agit-il
pas, au contraire, d'un investissement ? On
n'évoquera même pas le jeu pervers, au niveau
des différents services de l'entreprise, consistant
à simplement passer les coûts d'une affectation
comptable à une autre ; on réduira par exemple le
poste frais de personnel au prix d'un
développement de l'intérim – autrement
plus coûteux –, mais qui sera affecté au poste
fournisseurs.
La conclusion que l'on tirera
de ces effets trompeurs est que la comptabilité
générale et la plupart des budgets
prévisionnels présentent parfois un caractère
totalement artificiel par rapport à la réalité
car ils ne tiennent pas compte de coûts qui obèrent
l'efficacité de l'entreprise sur le long terme.
Les comptes n'épuisent pas sa réalité
économique, sociale et technologique ; ils n'en sont
qu'une représentation très partielle et
très imparfaite et doivent être
considérés, au-delà de leur dimension
légale et contractuelle, comme des indicateurs imparfaits
qui ne sauraient, à eux seuls, éclairer les
décisions de l'entreprise en matière
d'investissements ou de désinvestissements. A cela
s'ajoute l'impact, dans certaines entreprises, des
manœuvres financières visant à faire
étalage de la rentabilité qu'en attendent les
investisseurs, ceci au prix d'une dissimulation des
coûts cachés et de leur report sur les clients, sur
les collectivités publiques ou sur l'avenir de
l'entreprise elle-même.
2 Reconnaître le rôle de la DRH en tant que source de rentabilité
Une prise en compte des coûts cachés implique une
considération, par les services financiers, de certains
aspects de la vie de l'entreprise qui excèdent
largement le champ de l'analyse économique classique.
Or, une telle prise en compte nécessiterait un pontage
entre DAF et DRH qui est loin d'aller de soi
dans nombre d'entreprises.
Dans de nombreuses entreprises,
finances et RH constituent deux mondes différents, chacun
ayant son vocabulaire, ses outils d'analyse, ses objectifs
propres et ses réseaux. Dans la mesure où la
dimension financière de l'entreprise se fait de plus
en plus pressante, dans une économie désormais sans
frontières, les RH se trouvent souvent
reléguées au niveau d'une fonction subalterne.
Nombre de DRH eux-mêmes se sont enfermés dans des
problématiques étrangères aux
préoccupations dominantes de dirigeants, ceux-ci
étant eux-mêmes peu au fait de tout ce qui tourne
autour du social. Cette dévalorisation de la
fonction RH se trouve par ailleurs renforcée par
l'absence d'outils de gestion s'exprimant en des
termes susceptibles de s'intégrer dans une
problématique financière.
Il s'agit, bien entendu, d'une dérive dangereuse.
On a vu, dans l'exemple proposé plus haut, qu'à
négliger l'impact du facteur humain, on risquait de
passer à côté d'une source importante
d'amélioration de la productivité et de prendre
des décisions dont l'effet négatif, mais
caché, l'emporte de loin sur le côté
positif directement visible. S'il importe pour les financiers
d'affiner leur approche en prenant en compte des variables
qui actuellement leur échappent, il est donc tout aussi
important que les membres de la fonction RH se mettent en
état de montrer la contribution de leurs initiatives
à la performance globale de l'entreprise.
Or, ceci est loin d'aller de soi. Les coûts sociaux font rarement
l'objet d'une quantification susceptible de
s'intégrer à l'ensemble des variables que
doit prendre en compte la direction générale. Il ne
fait donc aucun doute qu'une revalorisation de la fonction RH
passera par sa capacité à rendre visibles, et donc
à quantifier, des données – coûts sociaux
et rentabilité attendue de ses initiatives – qui
aujourd'hui ne le sont pas.
S'il importe que la DG prenne en compte la dimension humaine de l'entreprise, il
importe ainsi tout autant que les membres de la fonction RH sachent
s'exprimer dans le langage qu'elle comprend, et qui est
largement celui des chiffres.
Hubert Landier
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