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Documents de référence
Contestation ou proposition :
quels représentants du personnel pour demain ?

Point de vue du n’ 696 (14 mars 2005)
Le jugement que portent les managers sur les syndicats résulte le plus souvent d'une interprétation subjective de la façon dont ils vivent, bien ou mal, leurs relations avec leurs interlocuteurs immédiats. D'où le vocabulaire dans lequel ils s'expriment : “virulents” ou “pas virulents”, “constructifs” ou “politisés” ; à qui s'ajoute souvent un point de vue généralement plus ou moins sévère sur les heures de délégation, vite assimilées à du temps libre et à une bonne raison pour ne pas être au travail.
De telles appréciations ne sont pas dénuées de fondements ;mais elles ne sauraient tenir lieu de grille d'analyse du comportement des représentants du personnel. On ne saurait non plus se contenter de mettre en avant la distinction entre “réformistes” et “révolutionnaires”, trop chargée d'arrière-pensées. Quant aux critères psychologiques - “ceux qui y croient” et “ceux qui en profitent” - , ils sombrent vite dans le jugement de valeur pur et simple.
La grille d'analyse que l'on trouvera présentée ci-après vite à éviter ces différents travers. Elle n'est certes pas parfaite. Mais elle a au moins pour mérite de permettre de juger de la situation propre à chaque entreprise d'une façon qui ne soit pas trop liée au jugement de valeur que chacun porte a priori sur le comportement de ses interlocuteurs.

Une combinaison de deux critères :
quatre positionnements possibles

Le comportement du militant peut faire l'objet d'un classement en fonction de deux critères d'appréciation :
  • il peut être plus ou moins actif (s'efforcer de faire évoluer les choses, déployer beaucoup d'énergie afin d'accroître son influence) ou plus ou moins passif (se contenter de gérer son mandat, de faire acte de présence, sans plus) ;

  • il peut se comporter surtout en force de proposition, mettant en avant des solutions dans l'espoir de parvenir à un compromis les prenant en considération, ou surtout en force de contestation, se contentant de dénoncer les positons et le comportement des représentants de la Direction sans chercher à mettre en avant de solution concrète et sans chercher à parvenir à un éventuel compromis.
La combinaison de ces deux critères permet, sur un tableau à double entrée, de distinguer quatre positionnements possibles :
  • le passif contestataire (B1) critique volontiers l'entreprise, mais ne fait pas grand chose qui pourrait contribuer à changer les choses ; il sera souvent considéré comme un poids mort (y compris, bien souvent, par son organisation syndicale), mais pas comme quelqu'un de véritablement gênant dans la mesure où il reste dans son coin ; son argumentation relève souvent d'un point de vue idéologique sans grande originalit é, ses protestations étant largement ritualisées ;

  • le contestataire actif (B2), par contre, risque de saisir toutes les occasions afin de faire avancer la cause qu'il défend en s'en prenant à l'entreprise dans l'espoir de mettre en échec la politique qu'elle mène ; l'univers dans lequel il évolue est fondé sur une logique d'affrontement ; à défaut de pouvoir obtenir gain de cause en se fondant sur une “mobilisation des travailleurs”, il se situera volontiers sur le terrain juridique, utilisant le droit comme d'une arme ;
 

 

  • le propositionnel passif (A1) recherche volontiers des terrains d'arrangement avec l'entreprise, mais on ne saurait compter sur lui pour le faire avec force et dynamisme ; soit par manque de conviction, soit par manque de charisme, soit parce qu'il a mieux à faire de sa vie professionnelle, il reste à la traîne, exerçant son mandat sans vraiment chercher à “faire bouger les choses” ; c'est pourquoi il se laisse fréquemment déborder par les militants de type B2, voire B1 ;

  • le propositionnel actif (A2) s'efforce à la fois d'asseoir son influence et de faire aboutir la cause qu'il défend en mettant en avant des propositions se voulant réalistes dans l'espoir de déboucher sur des compromis porteurs de progrès ; il s'agit pour lui, en permanence, d'imaginer des solutions qui tiennent compte à la fois des contraintes de l'employeur et des intérêts dont il est le porteur ; la bonne volonté qu'il manifeste ne l'emp êche pas, s'il le faut, de faire preuve de la plus grande fermeté sur ce qu'il juge fondamental.

L'évolution de l'échiquier syndical :
un effet de la politique sociale de l'entreprise

Certains DRH affirment volontiers que “l'entreprise a les syndicats qu'elle mérite” ; si on laisse de côté les cas aberrants liés à la présence d'une personnalité se distinguant indépendamment du contexte où s'exerce son action, une telle expression a le mérite de souligner les liens systémiques existant entre les structures et les comportements dominants :

  • une entreprise refusant tout compromis social et privilégiant les seuls résultats économiques et financiers à court terme aura vite fait de décourager les A2, de réduire les A1 à de simples faire-valoir, et d'encourager les B2, qui trouveront dans le comportement de la Direction une justification de leur action ;

  • nombre d'entreprise se satisfont d'un échiquier syndical dominé par les A1, voire par les B1, leurs dirigeants exécrant les B2 tout en se méfiant des A2 ; il en résulte une représentation du personnel peu influente à laquelle il sera difficile de s'engager en cas de coup dur et qui risque alors de se laisser vite déborder par des militants “purs et durs” dont personne n'avait prévu l'irruption dans le jeu.
La question que doivent donc se poser les dirigeants de l'entreprise est double :
  • quel échiquier syndical sera le plus souhaitable, sur le moyen et le long terme ?

  • quelle politique sociale mettre en oeuvre en ce sens ?
Il est inepte de se contenter de dénoncer l'influence, jugée excessive, de représentants du personnel contestataires (B1 et B2) ; certes, les traditions syndicales, en France, vont en ce sens ; mais il faut également y voir le produit de comportements patronaux souvent peu enclins à l'écoute et au compromis ; le développement d'une force propositionnelle et d'une capacité de compromis, venant des représentants du personnel, implique un engagement de l'entreprise en ce sens. Et un tel engagement ne peut avoir d'effet que sur la longue durée.

Hubert Landier

 
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