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Documents de référence
Politique sociale de l'entreprise :
la nécessité d'une démarche anticipatrice

Point de vue du n° 686 (25 octobre 2004)
Une politique de relations sociales ne saurait s'improviser au fil de l'eau, en fonction des besoins du moment. Elle ne peut pas non plus se fonder sur la seule prise en considération de l'existant et implique une démarche prospective visant à anticiper les situations auxquelles l'entreprise risque de se trouver confrontée dans les années à venir.
Une telle démarche, menée en termes de « management des ressources humaines », s'énonce d'abord en termes d'effectifs et de qualifications requises par l'évolution des activités, des techniques et des métiers ; la gestion prévisionnelle des emplois et des compétences est aujourd'hui reconnue comme une nécessité, à défaut d'être toujours effectivement mise en oeuvre ; elle ne saurait pourtant être considérée comme suffisante ; au-delà de celle-ci, la définition d'une politique sociale envisagée sur le moyen et le long terme implique la prise en compte de trois autres séries de données.

Premier changement :
le comportement des jeunes


Avec le papyboom, les entreprises vont avoir à intégrer un nombre croissant de jeunes dont le comportement ne reproduit pas le comportement de leurs aînés quand ils avaient le même âge ; d'ores et déjà, la coexistence, au sein d'une même entreprise, de deux générations dont les référentiels et les comportements au travail sont compl ètement différents, est susceptible d'entraîner des tensions qui contribuent à expliquer certains conflits sociaux ; ces tensions risquent de s'accélérer ; la politique sociale de l'entreprise devra donc prendre en considération trois séries de changements :

  • la fin de l'emploi à vie conduit les jeunes à une attitude complètement différente vis-à-vis de l'entreprise qui les emploie ; de ce point de vue, la présentation que la plupart des grandes entreprises donnent d'elles-mêmes aux jeunes diplômés qu'elles cherchent à attirer prête à sourire ; méthodes d'intégration des nouveaux venus, politiques incitatives, politiques de rémunération et itinéraires professionnels devront être actualisés en conséquence ;

  • l'équilibre souhaité entre activité professionnelle et vie personnelle a lui aussi changé : l'entreprise devra en tirer les conséquences en ce qui concerne l'organisation des temps de travail de façon à répondre non seulement au besoin de flexibilit é dont elle a besoin, mais également à l'exigence de souplesse et d'autonomie des salariés qu'elle emploie ;

  • l'afflux des jeunes, d'une façon plus globale, ne sera pas sans conséquences sur l'organisation même de l'entreprise : une organisation qui était cohérente avec le comportement des anciens risque fort d'être jugée insupportable par les jeunes et de faire l'objet de réactions, individuelles ou collectives, de rejet ; elle devra donc être entièrement repensée : ce qui était hier jugé normal risque de ne plus l'être demain ; d'une façon plus positive, le comportement propre aux jeunes est par ailleurs de nature à apporter à l'entreprise de nouvelles sources d'efficacité.

Deuxième changement :
l'évolution des formes de représentation du personnel

Les rapports entre l'entreprise et les salariés ne sauraient se réduire à une somme de contrats individuels pour cette raison que le travail présente le plus souvent un caractère collectif ; il y a donc tout lieu de penser que cette dimension collective continuera à se manifester, même si ce n'est pas sous la forme que l'entreprise a connue jusqu'à pré- sent ; afin de s'y préparer en conséquence, il lui faudra par conséquent tenir compte :

  • de l'évolution en cours dans les orientations propres aux grandes tendances syndicales ; cette évolution est lente, étant liée au départ des anciens et à l'arrivée de jeunes qui conçoivent leur action différemment ; mais elle est réelle et la question est de savoir si elle ira dans le sens de relations sociales fondées sur le débat et la recherche de compromis mutuellement avantageux ou dans le sens d'une radicalisation des comportements ;

  • de l'évolution des formes d'action : utilisation des NTIC, action systématique auprès des médias, entreront de plus en plus dans la pratique des représentants du personnel et des divers groupes militants susceptibles de s'intéresser à l'entreprise ;

  • de l'apparition de nouveaux interlocuteurs, internes et externes, qui coexisteront avec les organisations actuelles ou qui chercheront à s'y substituer ; or, l'entreprise ne saurait se comporter avec le militant sudiste ou le représentant d'un collectif d'usagers ainsi qu'elle le faisait avec son interlocuteur FO traditionnel.

Troisième changement :
le renouvellement des attentes du public à l'égard de l'entreprise

L'entreprise est de plus en plus vulnérable face aux groupes militants extérieurs et face aux médias, compte tenu de thèmes d'interpellation qui sont parfois nouveaux pour elle ; au-delà du rapport RSE tel qu'il constitue une obligation, il lui faut donc :

  • procéder à l'inventaire des interpellations nouvelles dont elle risque d'être l'objet (selon les cas, il peut s'agir des risques environnementaux, du risque alimentaire, du respect des droits humains fondamentaux ou des relations avec ses fournisseurs et sous-traitants) et mettre en place un syst ème de veille adapté,

  • nouer des rapports réguliers avec ses différents interlocuteurs extérieurs : autorités locales, représentants de associations, etc., qui sont susceptibles de se faire entendre et peser ainsi sur le devenir de l'entreprise ou de compromettre son image,

  • préciser ses priorités en matière de responsabilit é sociale (ou sociétale), y sensibiliser son personnel et se donner les moyens de mesurer les progrès accomplis et de les faire connaître,

  • répondre, d'une façon motivée, aux questions, notamment, des agences de notation sociale, ce qui suppose une organisation décloisonnée par rapport à la séparation traditionnelle entre RH, communication et fonctions opérationnelles.

Hubert Landier

 
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