|
|
Groupe Management social -
71 rue du Faubourg St. Antoine -
75011 Paris -
Tél : 01 44 52 89 89 -
Fax : 01 44 52 02 84 -
nous écrire :
|
|
Le changement vécu comme une menace :
1 - L'ancienneté :
Certains salariés, souvent âgés et de faible
qualification, se trouvent, parfois depuis plusieurs dizaines
d'années, employés au poste qu'ils occupent
actuellement ; ils n'ont pas eu de formation depuis qu'ils sont
là et craignent le pire du moindre changement susceptible de
modifier leurs conditions de vie au travail. Ils savent en effet
qu'il leur serait très difficile de s'adapter à autre
chose que ce qu'ils ont toujours fait. Ce serait en outre un
arrachement : c'est toute ma vie, ici. Ils sont
bien intégrés dans leur milieu professionnel,
effectuent leurs tâches d'une façon routinière,
sont souvent attachés à leur
entreprise et ont parfois développé, en dehors de
leur travail, des activit és ou des projets auxquelles ils
consacrent beaucoup de temps et d'énergie.
Ils admettent volontiers qu'il aurait été possible pour eux
d'évoluer il y a quelques années ; mais pour le temps
qu'il leur reste à passer dans l'entreprise,
l'investissement que repré- senterait pour eux une
adaptation à de nouvelles tâches leur semble un
investissement trop lourd et, peut-être hors de port
ée. Inutile de leur parler de changer d'entreprise ou
d'aller travailler à quelques kilomètres de
là. Si l'entreprise ferme ses portes ou se sépare
d'eux, même en cherchant à les aider, ils risquent de
se laisser couler à pic. Autant dire qu'ils manquent
totalement de cette mobilité si chère aux managers.
2 - L'absence de culture économique :
Certains salariés
ont acquis, avec le temps, une compétence, reconnue ou non,
dans ce qu'ils estiment être leur métier ; dans leur
esprit, il suffirait de bien faire son métier pour
être assuré de pouvoir le pratiquer, sans changement,
jusqu'à la retraite. Cet enfermement dans une pratique dont
ils tirent leur fierté, les conduit à ignorer la
menace susceptible de venir du changement technologique ou des
conditions économiques de leur activité. Les notions
élé- mentaires en termes de coûts leur sont
inconnues ; ils confondent chiffre d'affaires et résultat
d'exploitation ; de vagues préjugés, nourris par
quelques vagues informations captées
à la télévision, leur servent de culture
économique. Il s'agirait ainsi pour eux de se
défendre contre l'avidité des gros,
des financiers, qui exploitent l'entreprise, et donc leur travail.
Et donc, tout changement qui leur est imposé et qui ne
correspondrait pas à des avantages supplémentaires,
est vécu a priori comme une spoliation. A moins de verser
dans le fatalisme, il s'agit donc pour eux de défendre le
statu quo menacé. Evidemment, cette défense ne peut
être que collective. Mais les arguments mis en avant par le
syndicat (de l'argent, il y en a) présentent
pour eux un caractère purement instrumental ; ils en
retiennent qu'ils ont raison de ne pas accepter ce qui leur est
demandé.
3 - L'existence d'une rente de situation :
Les membres de certaines professions, les salariés de certaines
entreprises, savent qu'ils bénéficient d'avantages
qu'ils ne pourraient certainement pas retrouver ailleurs. Ces
avantages se combinent souvent avec une forte ancienneté
dans la mesure où leur existence les a depuis longtemps
dissuadés de quitter l'entreprise pour aller s'embaucher ailleurs.
Bien entendu, ils en nient
volontiers la réalité ; ils manquent de
critères de référence ; mais ils admettent
quand même, quoique du bout des lèvres, qu'ils
bénéficient de conditions d'emploi avantageuses ;
autrement dit, ils sont dans un fromage et ils entendent y rester ;
et celui qui prétendrait les en déloger serait bien
entendu malvenu ; or, c'est bien ce qui se produit quand on leur
parle de changement. Il n'est pas bien compliqué de
comprendre pourquoi ils s'opposent à celui-ci : c'est qu'ils
ont tout à y perdre.
4 - L'absence de confiance en la Direction :
Dans de telles entreprises, cela va de soi ; les
rapports sociaux sont envisagés exclusivement en termes de
rapports de forces ; il s'agit d'obtenir plus en se fondant sur la
menace de mouvements de grève ; c'est ainsi que les membres
d'un certain nombre de corporations ont au fil du temps
accumulé des avantages hors de proportion avec ce qu'ils
auraient obtenu ailleurs ; mais ces avantages, il s'agit ensuite de
les conserver lorsqu'ils sont menacés par le changement ;
celui-ci se conçoit ainsi comme un risque, ou plutôt
comme l'aboutissement de manoeuvres patronales visant à
reprendre ce qui avait été naguère
concédé.
De telles catégories s'installent
ainsi dans une mentalité de forteresse
assiégée ; il s'agit coûte que coûte de
tenir bon, et donc de résister à une évolution
qui ne peut aller que dans le sens d'une remise en cause des
avantages acquis. Cette résistance s'appuie
souvent sur un pouvoir syndical fort, qui se présente comme
la seule garantie. Cette situation résulte souvent, venant
de la Direction de l'entreprise, d'une longue période de
laxisme, fondée sur le souci d'éviter l'affrontement
; il en résulte fréquemment une situation très
détériorée, à laquelle seule une
épreuve de force permet de mettre fin.
Une question de management :
Il est difficile pour une Direction d'en finir avec des rentes de
situation qui en sont venues à paraître
normales à ceux qui en bénéficient,
quelles qu'en soient les conséquences pour le
développement de l'entreprise ; on ne saurait reprocher aux
intéressés de vouloir défendre ce qui leur
paraît normal, de manquer de culture économique et de
s'accrocher à un travail qui constitue pour eux l'unique
planche de salut. Et donc mieux vaut prévenir l'apparition
de telles poches de résistance au changement
que d'avoir à les affronter, dès lors qu'il n'est
plus moyen de faire autrement.
Une entreprise soucieuse de
prévenir les résistances au changement qui risquent
plus tard de lui coûter cher se devrait donc de respecter un
certain nombre de règles de management :
Hubert Landier
|