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Groupe Management social -
71 rue du Faubourg St. Antoine -
75011 Paris -
Tél : 01 44 52 89 89 -
Fax : 01 44 52 02 84 -
nous écrire :
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(Ces enquêtes, réalisées selon la
méthodologie du rapport d'étonnement
dans une quarantaine d'entreprises (industrie,
commerce et services), ont permis de recueillir le point de vue
d'environ 1 200 personnes (ouvriers, employés, agents
de maîtrise et techniciens, ingénieurs, cadres et
dirigeants). Les entretiens ont été d'une
durée moyenne d'une heure trente ; le verbatim de ces
entretiens a permis la rédaction du rapport remis à
la Direction de chacune des entreprises ayant eu recours à
cette méthodologie. Les personnes ainsi interviewées
ont, préalablement à l'entretien,
été informées de son caractère
confidentiel et ont bénéficié d'une
restitution, sous forme d'un document de synthèse ou
d'une présentation au cours d'une réunion
prévue à cet effet.)
Ces facteurs de tension ont été
résumés dans le tableau de la page suivante. On
distinguera ainsi les tensions résultant :
Principales sources de dysfonctionnement internes génératrices de tensions sociales
Venant de la Direction :
Venant de l'encadrement :
En ce qui concerne la composition sociologique de l'établissement :
En ce qui concerne les méthodes de management :
Perception de l'avenir :
L'image que la Direction donne d'elle-même
La Direction
d'une entreprise (comme d'ailleurs de n'importe quelle
collectivité humaine) doit ainsi en permanence lutter contre
la tendance à prendre ses rêves pour des
réalités. Or, les réactions du personnel ne
sont pas nécessairement celles qu'elle imagine ou qu'elle
souhaiterait ; et en l'absence d'une attention soutenue et
d'indicateurs d'alerte, le réveil peut être brutal.
Les entretiens à l'occasion d'enquêtes de climat
social révè- lent ainsi cinq sources principales de
tension.
1 - L'éloignement des centres de
décision :
Cette attitude appartient sans doute an
passé, mais elle est pourtant suffisamment ancrée
pour marquer encore les esprits. Pour toutes sortes de raison, les
militants sont mal perçus. Ce seraient en quelque sorte des
traîtres par rapport à la cause de l'entreprise.
Leurs insuffisances et leur caractère vindicatif ou
irréaliste, qui sont souvent une réalité, en
donnent une image très négative aux yeux des
dirigeants. Les militants ne seraient pas représentatifs, en
fait, de la majorité des salariés. Ce seraient des
trublions. Certains employeurs et certains membres de
l'encadrement dénient ainsi toute
légitimité aux interlocuteurs que la loi leur impose.
Aleurs yeux, mieux vaut circonscrire au maximum l'influence
qu'ils sont en mesure d'exercer auprès du
personnel.
Exemple : une
entreprise d'origine familiale, dirigée par un
patriarche ayant une forte personnalité et beaucoup de
présence, est vendue à un groupe étranger, qui
dépêche sur place un directeur général
qui ne maîtrise pas le français et qui divise
l'entreprise en business units ; le
personnel, jusqu'alors habitué aux coups de
gueule du patron, se trouve profondément
stabilisé, malgré toute la bonne
volonté des nouveaux dirigeants ; signe avertisseur du
malaise : la multiplication des assignations devant les
Prud'hommes. Les salariés n'ont plus en face
d'eux la personne physique capable de répondre
positivement ou négativement à leurs demandes ;
à leurs yeux, les décisions qui les concernent et
mettent en jeu leur avenir professionnel sont prises
désormais on ne sait où, par on ne sait qui et pour
on ne sait quelles raisons.
2 - l'absence de reconnaissance du travail accompli :
Les salariés
s'investissent fréquemment dans leur travail en vue
d'assurer la réussite collective tout en ayant le sentiment
que la Direction ne prend pas en considé- ration leurs
efforts. Certaines exigences salariales, exprim ées hors de
toute référence aux possibilités
économiques de l'entreprise, apparaissent ainsi comme
l'expression d'un besoin de reconnaissance. Les entreprises
françaises ne savent pas toujours dire merci,
certains managers estimant que la prouesse personnelle
réalisée dans le travail représente un
dû. A contrario, une reconnaissance exprimée parfois
de façon symbolique (félicitations, lettre de
remerciement, etc.) sera appréciée au-delà de
ce que les dirigeants peuvent imaginer.
Exemple : les
salariés ont réussi, au prix de gros efforts,
à faire face à un surcroît momentané
d'activité et au travail supplémentaire
représenté par la mise en place d'un nouveau
logiciel de gestion ; celle-ci, en fait, s'est
révélée beaucoup plus hasardeuse que ne
voulait le reconnaître la SSII chargée de sa
conception et de son installation. Malencontreusement, le montant
de l'intéressement, qui a été
calculé par rapport aux résultats de
l'année précédente, selon des
modalités qui échappent à la
compréhension de la très grande majorité des
salariés, se révèle extrêmement
décevant. Réaction du personnel : la Direction ne
reconnaît pas nos efforts et n'y attache, en
réalité, aucune importance. Elle est, en fait,
prisonnière de la logique à laquelle, à ses
yeux, obéit le calcul de l'intéressement, sans
compter le discours optimiste que lui tiennent les consultants de
la SSII, qui ne veulent pas admettre la réalité des
bugs qui affectent le logiciel.
3 - Le manque de courtoisie :
Nombre de managers, à entendre les personnes telles qu'elles
s'expriment à l'occasion des enquêtes de climat
social, traversent les bureaux ou les ateliers comme si les gens
n'existaient pas ; ils s'abstiennent de dire bonjour et se montrent
arrogants, comme si les salariés ne faisaient pas partie de
la même humanité qu'eux. Dans certains sites, le
critère le plus pertinent pour qualifier les managers, aux
yeux des ouvriers ou des employés, consiste à
distinguer ceux qui disent bonjour et ceux
qui ne disent pas bonjour ; certains jeunes cadres qui se
savent promis à une évolution rapide et qui estiment
qu'ils ne sont que de passage là où ils se trouvent
actuellement, en attendant mieux, savent ainsi se montrer
particulièrement imbuvables aux yeux du personnel.
Exemple :
les jeunes managers traversent l'usine au pas de charge en
discutant ratios. Le DRH Monde me prend avec lui et
m'entraîne à l'écart. Dans son
français balbutiant, il s'adresse à un ouvrier
pour se faire expliquer tous les détails de fonctionnement
de sa machine (une machine de 20 mètres de long), et
notamment les mécanismes de sécurité. Au bout
d'un quart d'heure, il demande son nom à
l'ouvrier et se présente lui-même : moi,
c'est Mike. L'opérateur se rend compte
alors qu'il a affaire à l'un des principaux
dirigeants du groupe multinational qui a racheté
l'usine il y a deux ans. Et il pourra dire aux copains que
les nouveaux patrons s'intéressent au travail, et
qu'ils semblent particulièrement vigilants en ce qui
concerne la sécurité. Le message sera passé.
Quant aux jeunes managers, ont-ils compris quelque chose ? Et
quelle image ont-ils donnée d'eux-mêmes ?
4 - L'incapacité à présenter un projet mobilisateur :
Certaines entreprises semblent être en
situation de paralysie collective. Tout le monde paraît
attendre tout le monde. Les entretiens montrent alors, venant du
personnel, un état d'inquiétude qui n'est pas
nécessairement exprimé de façon explicite.
Dans leur majorité, les salari és s'attendent
à des changements importants, ils se posent des questions
sur leur avenir (individuel et collectif), mais quand ils se
tournent vers la Direction, celleci ne leur apporte aucune
information susceptible de clarifier la situation, aucun élan susceptible
de déboucher sur un sursaut collectif. Bien au contraire,
beaucoup s'interrogent alors sur ses propres intentions : les
dirigeants ne sont-ils pas animés par un souci de
préserver leur inté- rêt personnel sans
considération pour l'intérêt commun ? Sont-ils
réellement impuissants devant l'évolution de la
situation ou ne seraient-ils pas désireux de cacher des
choses d'une extrême gravité pour le personnel ? Bref,
chacun se demande s'il y a un pilote dans l'avion et quelles sont
ses marges réelles de manoeuvre. Le moindre incident, le plus
petit événement inhabituel, est alors vite
interprété comme le signe de la catastrophe à
laquelle certains s'attendent ou comme celui d'une malveillance de
la Direction.
Exemple : une grande entreprise de service collectif,
ou les services décentralisés d'un
ministère, sont dans l'attente du texte de loi qui
viendra bouleverser le cadre de leur activité. Une
réorganisation des services semble à peu près
inéluctable. Certains agents risquent d'être
confrontés au choix entre changer d'affectation ou
changer de statut. La Direction, elle-même dans
l'attente d'informations qui sont en
réalité entre les mains des politiques, n'a en
fait pas grand-chose à ajouter à ce qui paraît
dans la presse ; l'encadrement avoue de son côté
qu'il est dans le brouillard. Plus le temps passe, plus se
multiplient les réactions négatives, qui vont du
fatalisme à la colère, du repli sur soi à
l'engagement collectif, parfois en des formes
outrancières que les syndicats eux-mêmes ne
parviennent plus à contrôler.
5 - Le manque de cohérence visible de l'équipe de direction :
Certaines enquêtes laissent apparaître, dans ce que
disent les membres de la Direction, un manque de cohésion
qui peut aller de l'absence de projet collectif à
l'hostilité affirmée des uns envers les autres. Bien
entendu, les stratégies personnelles se dissimulent alors le
plus souvent sous un dehors policé et n'ont pas l'occasion
de s'exprimer à l'occasion des réunions, très
ritualisées, du Comex ou du Codir. Etant le plus souvent le
seul à s'y exprimer, le patron se heurte alors à des
manoeuvres contradictoires dès lors qu'il faut passer de
l'acceptation apparente à l'action. Le problème,
c'est que les errements du bateau ivre finissent par être
perceptibles aux yeux du personnel et contribuent à
polluer l'atmosphère.
Exemple : les employés
de la DRH d'une entreprise de service occupant quelque 2 000
personnes décident d'arrêter le travail ; le
débrayage, qui durera à peu près une
journée, est suivi à 100 % ; l'enquête
d'opinion qui sera demandée par le PDG laisse
apparaître, en raison de traits de caractère
très différents, de fortes divergences entre le
secrétaire général, nouvellement nommé,
et le DRH, plus ancien et que la plupart des salariés
estiment plus professionnel. Le secrétaire
général, peut-être animé par le
désir de déstabiliser le DRH, a adressé sans
l'en avertir une note aux membres de la DRH les
prévenant que si le nouveau logiciel de paye n'est pas
opérationnel fin juillet, il faudra rester au mois
d'août afin qu'il le soit à la
rentrée de septembre. On est fin juin et chacun a
déjà organisé ses vacances. Le résultat
ne se fait pas attendre.
Le comportement de l’encadrement
Les enquêtes de climat social conduisent fréquemment
à la détection d'insuffisances dans la façon
dont l'encadrement, et plus spécifiquement l'encadrement de
proximité, joue son rôle sur le plan humain et social.
Il est vrai que, face à des jeunes fraîchement
débarqués dans la vie professionnelle, la tâche
n'est pas facile ; or, après des décennies de
discours de consultants sur la dimension humaine de
l'entreprise, l'encadrement y est souvent mal
préparé :
6 - Définition insuffisante des rôles respectifs du n+1 et du n+2 :
Dans certaines entreprises, les chefs d'équipe constituant
théoriquement le premier niveau d'encadrement (à
EDF-GDF, on les appelle les MPL : managers premi ère
ligne) se sont retrouvés à la tête
d'équipes suffisamment nombreuses pour qu'il ait
été nécessaire de les faire assister par des
sortes d'adjoints : superviseurs, coordinateurs ou pilotes ; peu
importe la dénomination : leur rôle est, en l'absence
du chef, de jouer un rôle de conseil auprès des
ouvriers ou des employés, de les remplacer à leur
poste quand ils s'absentent quelques instants, de mettre les
nouveaux dans le coup et ainsi de suite. Le problème, c'est
qu'ainsi déchargés d'une partie de leur mission, les
chefs d'équipe, accaparés par ailleurs par les
tâches administratives nouvelles qui leur étaient
confiées, se sont parfois éloignés de leur
équipe au point de créer une sérieuse
confusion : qui est finalement mon chef ? Est-ce le superviseur ou
est-ce le chef d'équipe ?
7 - Présence insuffisante sur le terrain :
Cette confusion entre le rôle
du superviseur et celui du chef d'équipe, ou entre le
rôle du chef d'équipe et celui du contremaître
(chaque entreprise ayant son propre vocabulaire) conduit souvent
à un sentiment d'éloignement du
véritable chef au profit d'un collègue
chanceux promu superviseur mais qui n'a que les
apparences de l'autorité. Le chef, dit-on, il n'est plus sur
le terrain ; il passe le matin, dit (éventuellement) bonjour
aux uns et aux autres, file dans son bureau, reste scotché
derrière son écran toute la journée et, le
soir, file en sens inverse sans qu'on ait pu aborder avec lui les
problèmes qu'on aurait eu à lui exposer. Il en
résulte l'absence d'informations (voir plus loin), l'absence
de réponses aux questions que l'on aurait à poser
(voir plus loin), l'absence d'orientations (voir plus loin) et,
finalement l'impression d'être laissé à
soi-même.
Exemple :
8 - Comportement autoritaire :
L'exercice de l'autorité, avec le
renouvellement des générations, exige un style qui ne
peut plus être ce qu'il était il y a vingt ans, quand
il pouvait sembler normal à quiconque de se
faire engueuler, de préférence en public. Les jeunes
accordent la plus grande importance au respect qu'on leur
témoigne ou non. Mais en même temps, ils attendent
conseils et orientations. L'exercice de l'autorité
relève ainsi de la quadrature du cercle. Or, nombre de ceux
qu'on appelait les petits chefs ne connaissent
guère que le modèle taylorien dans lequel ils ont
baigné depuis les débuts de leur vie professionnelle.
Il peut en résulter, venant de jeunes souvent mieux form
és techniquement, des réactions fortes de rejet
devant des méthodes qui leur semblent à la fois
archaïques et irrespectueuses à leur égard.
Exemple : l'usine Alstom
de Bourogne, près de Belfort, fait l'objet, en 1994,
d'un mouvement de grève très dur, dont les
principaux acteurs sont de jeunes ouvriers qui se donneront le
surnom d' Apaches ; il s'agit
d'une usine toute nouvelle, dont l'encadrement a
été emprunté à l'usine de Belfort
et dont le personnel est constitué de jeunes qui sortent
tout juste du CFA. L'enquête de climat social qui
suivra révèle alors l'ampleur de
l'incompréhension qu'il pouvait y avoir entre
les uns et les autres. Le problème, affirme un agent
de maîtrise d'âge mûr, c'est que
lorsqu'on leur donne un ordre, au lieu de
l'exécuter, ils vous répondent.
Le problème, affirme un jeune ouvrier, c'est que quand
on leur demande une explication, ils ne vous répondent pas,
alors évidemment, il faut se mettre à plusieurs pour
gueuler un peu fort. Entre ceux qui répondaient et
ceux qui ne répondaient pas, le clash était donc
prévisible.
9 - Incapacité à animer l'équipe :
L'autoritarisme est difficilement
supporté, mais l'absence de toute autorité l'est
finalement tout autant ; or, certains membres de l'encadrement ne
savent tout bonnement pas comment s'y prendre ; ils savent que
l'autoritarisme n'est pas la bonne solution, ils s'y refusent par
principe, mais aucun modèle n'est venu remplacer celui
qu'ils rejettent. Ils s'en remettent donc volontiers au sens des
responsabilit és de leurs collaborateurs, ou craignent les
réactions négatives qui pourraient venir, notamment,
de syndicalistes influents et qui se sont érigés en
garants du bien et du mal. Or, tout groupe humain a besoin d'une
autorit é capable d'indiquer la direction dans laquelle
ensemble se diriger et d'arbitrer les conflits inévitables
qui surgissent entre les personnes. Lorsqu'une telle fonction n'est
pas assurée, il en résulte un sentiment de malaise :
les repères disparaissent et plus personne n'avance.
Exemple : cette usine a longtemps été dirigée,
d'une poigne de fer, par un directeur énergique,
considéré à la fois comme très
compétent et abusivement autoritaire. Mieux valait pour les
ouvriers, dans ces conditions, éviter de se faire remarquer
par des idées qui n'auraient pas été
celles du chef. Or, parti en retraite, celui-ci laisse place
à un manager animé d'une volonté de
mettre en place un management participatif faisant appel à
la responsabilité et au sens de l'initiative des
ouvriers. Ayant été habitués à se
contenter d'exécuter les ordres qui leur
étaient donnés, ceux-ci auront, dans un premier
temps, le sentiment d'être désormais
laissés à eux-mêmes ; ce n'est que
progressivement qu'ils prendront la liberté,
jusqu'alors durement réprimée, d'exprimer
leurs idées et leurs suggestions.
10 - Incapacité à faire progresser les personnes :
Les salariés . et
pas seulement les cadres . pensent à leur avenir : ils
rêvent de progresser ; lors des entretiens, ils expriment
volontiers leur désir d'évolution. Le
problème, c'est qu'ils ne savent pas toujours comment s'y
prendre. Ils ne savent pas comment s'orienter ; ils ne savent pas
quelles sont les possibilités de formation qui s'offrent
à eux ; ils ne savent même pas s'il y a des
possibilités d'évolution dans l'entreprise qui les
emploie. Et ils n'osent pas s'adresser au chef. Pire, il arrive que
celui-ci s'oppose à une telle évolution, dès
lors qu'elle passerait par un changement de service, dans la mesure
où il souhaite conserver les bons
éléments. Il en résulte, pour les
intéressés, le sentiment lancinant d'être dans
une impasse.
Exemple de propos recueillis lors d'une
enquête de climat social auprès de jeunes ouvriers de
même qualification professionnelle dans une usine de la
métallurgie :
11 - Existence d'ordres et de contre-ordres :
Certaines entreprises, vues de
la base, ne donnent pas l'impression d'une grande cohérence
; les ordres qui s'enchaînent paraissent contradictoires,
non pas qu'ils le soient nécessairement, mais parce que les
intéressés ne connaissent pas la logique qui leur
donnerait une signification. Par ailleurs, la complexité des
grandes organisations a parfois conduit à la mise en place d'une structure
matricielle : chef de zone et chef de produit peuvent alors
s'adresser à une même personne par des injonctions
contradictoires ; certains en profitent pour agir selon leur propre
gouverne et s'en trouvent très bien ; d'autres en deviennent
fous et font entendre leur colère lorsque ces orientations
contradictoires vont à l'encontre de leurs
intérêts. Leur impression est celle d'une organisation
irrationnelle et chaotique ; on parle alors de gâchis :
pourquoi fermer cette usine dans laquelle, il y a
deux ans, on a investi dans un équipement coûteux ?
Exemple : un directeur d'usine reçoit la
même semaine une note de la Direction des ventes lui
demandant de réduire les délais de livraison et une
note de la DRH lui demandant de renoncer aux intérimaires. A
lui de se débrouiller.
12 - Absence d'informations claires et complètes :
L'absence d'informations, venant de
l'encadrement, est l'un des reproches les plus lourds et les plus
constants parmi ceux que formulent les personnes rencontrées
au cours d'enquêtes de climat social ; on leur demande de se
sentir concernées par le devenir de l'entreprise, mais on ne
leur donne pas les informations qui leur permettraient de situer
leurs efforts et de leur donner sens. Certes, disent les plus
entreprenants, les informations, on peut toujours se les procurer ;
le problème, c'est que lorsque le chef donne des
informations qui vont au-delà des consignes
immédiatement utiles, il manifeste sa reconnaissance
à la personne à laquelle il s'adresse : on
m.informe, donc j'existe ; on s'abstient de m.informer, donc je ne
compte pas à leurs yeux. Quant au charabia,il
témoigne d'une incapacité à se mettre à
la place de ceux auxquels s'adresse le message et suscite la
méfiance ; ceci sans compter les inévitables
maladresses ; notre venue en vue d'une enquête fut ainsi
annoncée par une note de service rédigée de la
façon suivante : vous êtes convoqués
à un interrogatoire dans le cadre d'une enquête.
Un Directeur d'hôtel, venant de prendre ses
fonctions, constate un déficit d'information au sein
de l'établissement ; les interviews
réalisées à sa demande débouchent sur
un constat différent selon les personnes interrogées
:
13 - Absence de réponse aux questions, aux demandes et aux suggestions d'amélioration :
Rien n'est plus frustrant que de
poser des questions que l'on juge légitimes et pertinentes,
ou que de faire des suggestions qui semblent logiques et qui
représenteraient une contribution au progrès de
l'entreprise, et que de ne pas avoir de réponse. Ne pas
obtenir de réponse est ressenti comme une marque de
mépris. Ala longue, on sait que ce n'est même pas la
peine de demander ou de sugg érer car ça ne servira
à rien. Le silence s'installe ; les frustrations
s'accumulent ; les remarques acerbes sur le manque de diligence ou
le manque de professionnalisme des chefs se multiplient. Certains
réagissent par une attitude de fatalisme et de retrait ; il
n'y a pas à s'étonner alors de leur passivité
; d'autres s'insurgent, d'abord individuellement, puis
collectivement ; faut-il alors s'étonner que ça
explose ?
Exemple : la caisse enregistreuse est mal placée.
Demande au chef de rayon : pas de réponse ; redemande au
chef de rayon (le chef de département, on ne le voit jamais,
ou on n'ose pas lui en parler) : de nouveau, pas de
réponse. Jusqu'au jour où le problème de
la caisse fait l'objet d'une pétition qui est
portée au directeur du magasin ; il se déplacera
lui-même et le problème sera résolu le jour
même. A noter, dans ce cas précis, l'absence
d'intervention des délégués : pourquoi ?
Hubert Landier
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