|
|
Groupe Management social -
71 rue du Faubourg St. Antoine -
75011 Paris -
Tél : 01 44 52 89 89 -
Fax : 01 44 52 02 84 -
nous écrire :
|
|
Premier type d'erreur :
Cette attitude appartient sans doute an
passé, mais elle est pourtant suffisamment ancrée
pour marquer encore les esprits. Pour toutes sortes de raison, les
militants sont mal perçus. Ce seraient en quelque sorte des
traîtres par rapport à la cause de l'entreprise.
Leurs insuffisances et leur caractère vindicatif ou
irréaliste, qui sont souvent une réalité, en
donnent une image très négative aux yeux des
dirigeants. Les militants ne seraient pas représentatifs, en
fait, de la majorité des salariés. Ce seraient des
trublions. Certains employeurs et certains membres de
l'encadrement dénient ainsi toute
légitimité aux interlocuteurs que la loi leur impose.
Aleurs yeux, mieux vaut circonscrire au maximum l'influence
qu'ils sont en mesure d'exercer auprès du
personnel.
Deuxième type d'erreur :
Dès lors qu'il leur faut admettre l'existence de syndicats, les employeurs
sont tentés de distinguer les bons, dont on
pourrait à la rigueur s'accommoder, et ceux qui
représenteraient nettement un danger pour
l'entreprise. Pendant longtemps, le patronat a ainsi
volontiers distingué les réformistes
des révolutionnaires ; aujourd'hui, il
opposerait plus volontiers les réformateurs
des conservateurs. Durant la guerre froide,
André Bergeron
aura ainsi incarné, dans les milieux patronaux, la figure du
bon syndicaliste, aimable, réaliste, soucieux de compromis,
opposé aux outrances et aux gesticulations
révolutionnaires. FO était le bon syndicat,
par opposition à la CGT. Puis André Bergeron
a laissé place à Marc Blondel.
Entre temps, la CFDT
avait procédé à son recentrage, donnant au
patronat des gages de sa respectabilité retrouvée.
D'où un revirement stratégique du CNPF. Le
bon syndicat n'était plus Force
ouvrière, mais la CFDT, qui est ainsi devenue son partenaire
privilégié, ses prises de position étant
qualifiées de courageuses dans la mesure
où elles rompaient avec les classiques de la lutte des
classes et répondaient à certaines
préoccupations patronales. C'est avec la CFDT que le
Medef s'est efforcé de bâtir sa refondation sociale.
Du coup, FO et la CGT faisaient figure
d'organisations ringardes, empêtrées dans leurs
préjugés idéologiques et dans des
schémas dépassés.
Troisième type d'erreur :
L'adhésion au
mythe du bon syndicat, réaliste et
compréhensif, conduit à une troisième erreur :
celle qui consiste à vouloir traiter exclusivement avec lui,
au détriment de tous les autres. Jusqu'au jour
où le mythe s'effondre, soit parce qu'il se
révèle autre que ce qu'on attendait de lui,
soit parce que s'étant excessivement compromis, il en
vient perdre son influence auprès des salariés au nom
desquels il s'exprime, soit parce que sa capacité
à faire la police est moindre que ce que ses interlocuteurs
avaient imaginé. La tentation peut être alors de
partir à la recherche d'un nouvel interlocuteur qui,
momentanément au moins, saura se montrer davantage à
la hauteur de ce qu'on attend de lui.
Pour l'entreprise, ces trois démarches représentent
autant d'erreurs. Nier la présence et le rôle
des syndicats (quelles que soient par ailleurs leurs insuffisances)
relève désormais de l'irréalisme. La
figure du bon syndicat constitue largement une
projection de l'imaginaire des dirigeants (ou tout au moins
de certains d'entre eux). Prétendre traiter avec lui
exclusivement sans prendre en considération le comportement
des autres, enfin, risque de conduire à de sérieuses
déconvenues. Pas d'autre solution, en fait, que de
considérer l'échiquier syndical dans sa
diversité et sa complexité systémique : il
faut ménager les équilibres et savoir prendre en
compte, quand elles se présentent, des évolutions qui
ne sont pas celles que l'on avait prévues ou
auxquelles l'on s'était préparé.
Eviter d'encenser qui que ce soit et de diaboliser qui que ce
soit. Eviter, en d'autres termes, de prendre ses
désirs pour des réalités. Ce qui est trop
souvent, à son détriment, le penchant de celui qui,
quel qu'il soit, exerce le pouvoir.
Hubert Landier
|