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Documents de référence
Militants d'entreprise :
préparer la relève

Point de vue du n° 673 (13 avril 2004)
La relève syndicale, à échéance de dix ans, n'est pas assurée dans les entreprises, y compris dans celles où les traditions militantes semblaient solidement établies ; les jeunes sont peu nombreux à s'engager dans les institutions de représentation du personnel et il en résulte que les DRH risquent d'avoir devant eux des interlocuteurs qui seront à la fois moins représentatifs,moins compétents et animés d'intentions moins éthiques que celles de leurs aînés. Est-ce à l'employeur de se préoccuper des problèmes de renouvellement de la représentation du personnel ? Certains militants y verront un risque de manipulation.D'autres, au contraire, se plaisent à souligner la multitude des obstacles qui dissuadent aujourd'hui l'engagement syndical.Une observation plus attentive aboutit à cette conclusion que les dirigeants d'entreprises et les DRH, en fait, sont encore extrêmement peu nombreux à s'être préoccupé de la question. Et ils sont encore moins nombreux à agir afin que la relève syndicale soit assurée dans des conditions satisfaisantes. Ceci se comprend : leur rôle risque d'être perçu comme ambigu, les solutions envisageables ne sont pas évidentes et ils ont plus urgent à faire… Reste, à terme, le risque de relations sociales chaotiques faute d'interlocuteurs valables.

Militants d'entreprise :
préparer la relève


Un effet du papyboom : la relève syndicale n'est pas assurée Une forte proportion parmi les représentants du personnel qui sont les interlocuteurs actuels des DRH prendront leur retraite dans les dix années à venir. Ils ont commencé à militer dans les années soixante-dix, dans le contexte idéologique et économique de l'époque, et s'efforcent depuis lors d'assurer leur mandat, bien ou mal ; ils savent qu'ils devront tôt ou tard passer la main, mais leur succession est loin d'être toujours assurée :

  • les jeunes sont peu nombreux à s'engager ; ils ont d'autres préoccupations, ils sont animés d'autres valeurs et ne se reconnaissent pas dans les combats qui ont modelé l'image que le syndicalisme donne aujourd'hui de lui-même ;

  • l'image qu'ils ont du syndicalisme n'est pas toujours très bonne, et elle est parfois même très négative ; ils ne voient pas ce que l'action militante a pu apporter, par le passé, à la classe ouvrière et n'en voient que les aspects négatifs ; les militants, en particulier, sont loin de donner toujours d'eux-mêmes une image de travailleurs exemplaires ; leur mandat est souvent perçu comme un source d'avantages et un refuge pour les médiocres ;

  • les anciens, de leur côté, n'ont pas toujours tout fait afin de promouvoir des jeunes autour d'eux ; parfois, ils ont vu en eux des rivaux possibles ; d'élection en élection, ils se sont installés dans un rôle de notables et n'ont pas cherché à intégrer la problématique des jeunes dans les revendications qu'ils mettent en avant.
La CFDT et la CGT commencent, au niveau national, à se préoccuper de cette évolution ; le risque, à échéance de cinq à dix ans, apparaît en effet comme étant double :
  • des sections syndicales risquent de disparaître ou de tomber en déshérence après le départ du leader qui les avait représenté durant des années,

  • la relève, si elle est assurée, risque de l'être par des personnes qui ne seront pas les plus qualifiées, qu'il s'agisse de leurs motivations ou de leurs compétences.
L'absence d'interlocuteurs ou la présence d'interlocuteurs incompétents ou animés d'intentions ambiguës ne constitue une bonne chose ni pour les salariés ni pour l'entreprise elle-même.

Préparer la relève :
que peut faire l'entreprise ?

Il est un peu trop facile de mettre exclusivement en cause le comportement des syndicats pour expliquer le risque de “médiocratisation” de la représentation du personnel ; certes, les droits dont ils bénéficient sont de nature à attirer des salariés qui savent leur horizon bouché du côté de leur filière professionnelle d'origine ou qui ont des comptes personnels à régler avec l'entreprise, voire avec la vie. Les syndicats, de leur côté pourront bien évoquer les risques qui pèsent sur l'avenir professionnel des personnes qui voudraient s'engager dans les institutions de représentation. Tout ceci n'est sans doute pas faux ; reste à savoir ce que peut faire l'entreprise pour assurer des dispositions qui soient propice à ce que la relève se fasse dans de bonnes conditions ; la réponse n'est pas aisée et on se contentera de quelques pistes d'action :

  • éviter, par l'accumulation de petits avantages ou par une permissivité excessive, de faire de l'exercice d'un mandat une sinécure propre à attirer les médiocres, qui n'auront plus ensuite d'autre souci que de s'y maintenir ;

  • promouvoir des “règles du jeu” (si possible par voie d'accord sur les conditions d'exercice des fonctions représentatives) et assurer qu'elles sont effectivement respectées par l'encadrement intermédiaire ;

  • prévoir une meilleure formation de l'encadrement intermédiaire aux principes du droit du travail et obtenir qu'il respecte un certain nombre de prescriptions au même titre que les principes de management humain de leurs équipes ;

  • développer les occasions de rencontre et de meilleure compréhension mutuelle entre encadrement et représentants du personnel ;

  • valoriser la prise en charge du mandat de représentation par rapport à d'autres filières d'évolution possible (ce qui pose le problème de la reconnaissance de la VAE), ainsi que la rotation des délégués ; l'idéal serait d'en faire un moment naturel dans le déroulement d'une carrière ;

  • promouvoir, au plus haut niveau, une politique intégrant clairement la finalité économique et la finalité sociale de l'entreprise.

    Hubert Landier

 
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