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Documents de référence

L'encadrement et les représentants du personnel :
de l’incompréhension à l’exacerbation des tensions
Point de vue du n° 639 (4 novembre 2002)

La plupart des cadres, dans les entreprises françaises, n’ont qu’une vision extrêmement lointaine du rôle des représentants du personnel et du fonctionnement des institutions représentatives du personnel. La méfiance qu’ils leur inspirent, pour ne pas dire la peur qu’ils en ont, les conduit à deux types de comportement : la démission ou la répression. Dans un cas comme dans l’autre, il s’ensuit une tendance à la détérioration du climat social, souvent accompagnée d’une montée des tensions et d’une incapacité à résoudre les problèmes autrement que par la manière forte.
Le développement d’une culture privilégiant le dialogue, la concertation et la négociation sur l’affrontement exigera ainsi une profonde évolution dans les compétences de l’encadrement de terrain en matière de relations avec les représentants du personnel. Il leur faudra notamment, au-delà des principes élémentaires du droit social, apprendre à faire preuve de plus de discernement face à la diversité de leurs interlocuteurs.

A l’origine de rapports sociaux dégradés :
ignorance des règles du jeu et peur de l’autre

Les enquêtes de terrain révèlent, venant de nombreux cadres et agents de maîtrise, une profonde méconnaissance de ce que sont leurs interlocuteurs sociaux ; cette ignorance se traduit de différentes façons :
• une transgression fréquente des règles (droit social, convention collective, accords d’entreprise) applicables dans l’entreprise ; dans les meilleurs des cas, cela se passe « en famille » et nul ne trouve à y redire jusqu’au jour où survient un pépin aux suites judiciaires fâcheuses pour l’entreprise ; parfois, la « parole de la Direction » se trouve discréditée, aux yeux des syndicats, par l’inobservation, sur le terrain, des dispositions qui avaient fait l’objet d’une négociation, et donc d’un engagement de l’employeur ;
• une conduite, à l’égard des représentants du personnel, dictée par des préjugés beaucoup plus que par une appréciation lucide de la réalité ; tous des « faignants », des « planqués », des « profiteurs qui utilisent leurs heures de délégation pour éviter d’avoir à travailler », etc., sont des qualificatifs qui reviennent souvent dans le discours des agents de maîtrise et des cadres quand il s’agit de porter un jugement sur leurs interlocuteurs ; un point de vue aussi universel et aussi absolu dénote ainsi, au-delà d’un jugement très négatif, une sorte d’incapacité à discerner la variété des comportements, du pire, que l’on ne saurait ignorer, au meilleur, que l’on ne saurait non plus ignorer.
Un jugement aussi tranché ne peut que déboucher, dans les relations avec les représentants du personnel, sur des attitudes inappropriées, soit trop brutales, soit de désengagement dans le sens du laisser-faire, et donc du laisser-aller ; au-delà des préjugés, l’ignorance engendre en effet de la peur : le représentant du personnel est perçu a priori comme un perturbateur, voire un adversaire, et les relations avec lui s’organisent alors soit sur le mode de la confrontation, soit sur le mode de l’évitement.

L’encadrement
de proximité
constitue souvent
le maillon faible
de la politique
de relations sociales
pratiquée
par l’entreprise ;
d’excellentes
intentions
en ce qui
concerne le
« dialogue social »
peuvent ainsi
se transformer,
sur le terrain,
en des relations
fondées
sur la méfiance
et la peur,
privilégiant
systématiquement
la confrontation.
ILa nécessité développer « l’intelligence sociale » :
de la confrontation à la régulation des rapports sociaux


On est évidemment très loin, dans de telles conditions, du « dialogue social » qu’il est de bon ton de mettre en avant ; quelle que soit la qualité des relations « au sommet » entre représentants du personnel et la Direction, celui-ci, en réalité se joue sur le terrain. Et les enquêtes montrent que la plupart des conflits résultent, au-delà des revendications mises en avant, de défaillances dans le management de proximité. D’où la nécessité de développer ce que l’on pourrait appeler « l’intelligence sociale » des cadres et agents de maîtrise et de créer ainsi les bases d’une véritable « régulation sociale » au plus près des réalités du terrain, en cohérence avec la politique sociale pratiquée par l’entreprise ; ceci suppose notamment :
• une connaissance, même minimale, des règles institutionnelles à appliquer, quitte à disposer d’un SVP juridique interne efficace en cas de doute ;
• une compréhension plus personnelle des ressorts qui animent les militants dans leur action, sachant qu’ils ne sont ni nécessairement des anges ni nécessairement des démons, de façon à en tenir compte dans les relations avec eux ;
• une démystification et une dédramatisation du rôle des représentants du personnel en vue de promouvoir des relations autant que possibles fondées sur la prévention des tensions et un traitement approprié et en temps voulu des petits problèmes de la vie quotidienne qui contribuent à les provoquer
.

Hubert Landier

 
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