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Documents de référence
Un succès qui reste à consolider :
quel avenir pour les syndicats Sud ?

Point de vue du n° 637 (7 octobre 2002)
Face à l’essoufflement des organisations syndicales traditionnelles, la multiplication des syndicats Sud et les résultats qu’ils ont souvent obtenus lors d’élections professionnelles représentent une incontestable réussite. Cette réussite s’explique par une présence active des militants Sud sur le terrain, par leur capacité à prendre en charge très concrètement les problèmes concrets de leurs camarades de travail, par leur pugnacité (notamment sur le plan juridique), par une communication moderne et conviviale et par un discours insistant sur la défense des « acquis » face à des bouleversements résultant de la mondialisation en cours, tels qu’ils inquiètent certaines catégories de salariés.
Un tel succès, toutefois, demeure fragile. Les Fondateurs de Sud en sont eux-mêmes convaincus. Différents dangers guettent la jeune organisation, dont les effets se font d’ores et déjà sentir ici et là. C’est pourquoi son avenir est loin d’aller de soi.

Des succès initiaux aux développement du « sudisme » :
les risques de dérives possibles

La constellation des syndicats Sud trouve son point de départ en 1989, dans la région parisienne, avec une série d’exclusions parmi les militants de la Fédération CFDT des PTT. En quelques années, les exclus parviennent non seulement à reconstituer une organisation syndicale et à arracher la reconnaissance de sa représentativité, mais ils obtiennent aux élections professionnelles à France Télécom et à La Poste des résultats qui les placent devant la CFDT, juste derrière la CGT. En 1995, à l’occasion de l’annonce du Plan Juppé (soutenu par la CFDT), se crée un Sud-Rail. Quelques années plus tard, souvent à l’occasion des négociations sur les 35 heures, des scissions intervenant notamment dans des syndicats CFDT, les syndicats Sud se multiplient, non plus seulement dans des services publics, mais dans des entreprises privées de tous les secteurs d’activité. Bref, la famille s’agrandit à toute vitesse.
Ces succès, toutefois, ne doivent pas conduire à sous-estimer le risque d’une accumulation de difficultés qui pourraient conduire la constellation Sud, au fur et à mesure qu’elle grandit, à une « banalisation » ou à un essoufflement qui la rapprocherait de la situation des autres syndicats :
• les dirigeants historiques de Sud-PTT ont accepté, conformément aux statuts qu’ils avaient eux-mêmes adoptés, de « passer la main » ; Sud se trouve privé de leur expérience, ils militent désormais ailleurs (G10, Attac, AC !, etc.) et rien ne dit que leurs successeurs sauront se montrer aussi efficaces à la tête du syndicat ;
• Sud n’autorise l’utilisation de sa marque qu’aux seuls collectifs qui leurs semblent suffisamment solides pour avoir une chance de réussir et dont les principes d’action lui semblent suffisamment proches des siens ; certains syndicats Sud de création récente, composés de militants chassés d’autres organisations, isolés ou de faible envergure, ont toutefois rapidement échoué, disparaissant ou se maintenant d’une façon très marginale ;
• au fur et à mesure de sa progression, Sud se trouve conduit à s’organiser sur le plan professionnel et territorial, ce qui l’éloigne de la vision initiale de ses dirigeants, qui refusaient de suivre l’exemple des organisations classiques, fortement structurées moyennant l’existence de permanents ;
• certains syndicats Sud ont d’ores et déjà cessé de progresser (c’est notamment le cas de Sud-Rail), les salariés leur reprochant de n’être pas capables de s’élever au-delà d’un discours critique radical afin de proposer des solutions constructives.

L’avenir
des syndicats Sud
est sans doute
à chercher
ailleurs que
dans leur
développement :
leurs fondateurs
espèrent en fait
avoir servi
d’aiguillon en vue
d’une nécessaire
évolution
des comportements
syndicaux
et d’une relance
du débat social.

De l’enthousiasme fusionnel au développement sur la durée :
le problème de toute organisation

La constellation Sud se trouve ainsi confrontée au problème de toute organisation : comment passer de l’enthousiasme fusionnel des débuts à un développement durable ?
Paradoxalement, l’avenir de Sud est peut-être à chercher ailleurs qu’en sa propre capacité à surmonter des difficultés qui pourraient s’interpréter comme une crise de croissance : quel sera l’avenir de la constellation « anti-mondialiste » dont le syndicat se veut partie prenante ? Quelle sera l’évolution des centrales syndicales « classiques » elles-mêmes ? Les fondateurs de Sud peuvent espérer avoir apporté une contribution au dépassement des insuffisances actuelles du mouvement syndical en France et avoir contribué à une relance du débat social, sinon politique. C’est déjà ambitieux.

Hubert Landier

 
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