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Documents de référence
Les jeunes et l’action syndicale :
la difficile intégration
Point de vue du n° 634 (29 juillet 2002)
Les mouvements de grève qui se sont déclarés, voici quelques mois, dans un certain nombre d’enseignes de la distribution et de la restauration rapide témoignent des difficultés qu’éprouvent les organisations syndicales, et notamment la CGT, avec les jeunes. D’une part, les responsables syndicaux ne sauraient s’en désintéresser sans compromettre l’avenir même de leur organisation ; de l’autre, les jeunes posent de gros problèmes d’intégration dans la mesure où ils ne respectent pas les règles du jeu admises dans les rapports sociaux.
Ces difficultés d’intégration bousculent tout autant les entreprises. Comment construire des rapports intelligents avec de jeunes activistes dépourvus de références et incapables de construire un compromis ? La pédagogie à mettre en oeuvre afin de préparer les relations sociales de demain, notamment dans les secteurs d’activité faisant appel à des jeunes dans des emplois répétitifs et faiblement rémunérés, exigera ainsi du temps et de la patience.

Les déboires de la CGT :
les jeunes ne respectent pas les règles du jeu

Pizza Hut, Mc Donald, Fnac, Virgin, ceci sans compter quelques autres conflits moins médiatisés (dans des call centers, notamment) : les entreprises se sont trouvées confrontées, au cours de ces derniers mois, à des mouvements de grève conduits par des jeunes qui avaient en commun un comportement dont aussi bien les syndicalistes que les DRH devront tenir compte pour construire l’avenir. C’est en effet sur eux que reposera l’action syndicale lorsque la génération qui assure actuellement les responsabilités de direction auront pris leur retraite. Or, le passage de relais s’avère particulièrement difficile :

  • les jeunes militants sont dépourvus de références : ils ne sont pas passés, comme ceci avait été le cas de leurs aînés, par les mouvements de jeunesse politiques ou confessionnels
  • loin d’inscrire leur action dans la durée, par la recherche de compromis successifs, ils ne connaissent que l’action violente, radicale, en vue d’une satisfaction immédiate des objectifs qu’ils mettent en avant ;
  • aucun sentiment d’appartenance n’accompagne pour eux le fait de faire partie d’une organisation syndicale plutôt qu’une autre ; il en résulte qu’ils zappent facilement de l’une à l’autre ou n’hésitent pas à s’afficher dans un comité de soutien animé par Sud, Attac et AC ! alors que par ailleurs ils se recommandent de la CGT ; de même n’hésitent-ils pas à s’exprimer en public dans des termes qui manifestent qu’ils n’ont aucun souci de préserver l’image de l’entreprise qui les emploie (et donc l’outil qui les fait vivre) ;
  • leur intransigeance s’accompagne d’une action forte en direction des médias, où ils recueillent souvent un écho favorable, hors de proportion avec l’influence qu’ils exercent réellement.

La CGT se trouve ainsi dans une position malcommode : d’une part, elle se montre soucieuse de les intégrer afin d’assurer ainsi son avenir en tant qu’organisation (ce qui constitue certainement une démarche avisée par rapport à celles des autres organisations qui négligent plus ou moins de s’en préoccuper) ; de l’autre, elle peine à les « organiser » selon les critères qui, selon les militants plus âgés qui y exercent des responsabilités, devraient caractériser une action syndicale conforme à leurs valeurs, à leur expérience et à leurs traditions. DRH et militants se trouvent ainsi confrontés à un même problème.

 

Ce sont
les relations
sociales
de demain
qu’il s’agit
d’ores et déjà
de construire
en prenant
en compte
le comportement
des jeunes.
Un problème
qui se pose
pratiquement
dans les mêmes
termes aux
entreprises et
aux organisations
syndicales.

« Socialiser » les jeunes :
une pédagogie qui prendra du temps

Les rapports sociaux ne sauraient se reproduire à l’identique d’une génération à l’autre ; mais en même temps, les jeunes doivent apprendre le respect d’un certain nombre de règles du jeu sans lesquelles la société serait à réinventer de fond en comble tous les vingt-cinq ans ; pour l’entreprise d’une part, pour les organisations syndicales d’autre part, cet apprentissage exigera un investissement d’autant plus lourd que l’on part de plus bas. Cela supposera :

  • de les encadrer d’une façon soigneuse, ce qui exigera beaucoup de temps, notamment pour l’encadrement de proximité ;
  • de les conduire à respecter un certain nombre de règles imprescriptibles de vie en société et de vie en entreprise ;
  • d’admettre le style qui leur est propre et de prendre en compte leurs compétences ainsi que leur désir (légitime) d’évoluer.

Un programme qui certes ne sera pas des plus facile à mettre en oeuvre.

Hubert Landier

 
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