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Documents de référence
Syndicalisme en déshérence :
que peut faire l’entreprise ?

Point de vue du n° 633 (15 juillet 2002)
Dirigeants d’entreprise et chefs d’établissements sont de plus en plus nombreux à l’affirmer : leurs interlocuteurs syndicaux ne sont pas à la mesure des enjeux. Les anciens n’ont pas préparé la relève ; les salariés mandatés sont de plus en plus dépourvus d’identité idéologique ; ils ne savent pas construire un compromis et se contentent souvent d’imprécations successives et contradictoires, qui peuvent être très éloignées des préoccupations de la majorité des salariés ; l’échiquier syndical tend part ailleurs à s’émietter, les « enseignes », au sein d’une même entreprise, tendant à se multiplier, avec tous les droits qui leur sont attachés.
comment faire face à une telle évolution ? A défaut d’une « solution miracle », il importe de rappeler quelques principes qui, l’expérience le montre, ont fait leur preuve.

La tendance :
l’exploitation des rentes de situation

Il ne s’agit pas de mettre en cause les nobles sentiments qui, aujourd’hui encore, inspirent nombre de syndicalistes ni les difficultés rencontrées par certains d’entre eux pour s’implanter dans certaines entreprises réfractaires à la reconnaissance de leurs droits. La vérité oblige toutefois à dire que la relève n’est pas toujours très brillante. Il ne s’agit pas seulement d’un manque d’expérience qui se corrigerait avec le temps, mais d’une évolution dans les motivations qui animent les militants. Les anciens avaient des convictions, ils se battaient pour la reconnaissance de leurs droits. Leurs successeurs se contentent souvent d’exploiter les possibilités que leur offre la loi ; et leurs principes d’action ont cessé d’aller de soi.
De là le constat que font dirigeants d’entreprise, DRH et chefs d’établissements :

  • les « salariés protégés » tendent à utiliser leurs droits (protection contre les risques de licenciement, heures de délégation, etc.) indépendamment de l’intérêt de leurs mandants ou de la cause qu’ils sont censés défendre ; la loi leur offre une sorte de rente de situation qu’ils exploitent comme telle ;
  • l’on assiste souvent à une multiplication des « enseignes » syndicales au sein d’une même entreprise, certaines d’entre elles bénéficiant de la présomption de représentativité résultant de leur appartenance à l’une ou l’autre des centrales reconnues représentatives au niveau national indépendamment d’une influence en réalité négligeable et d’une activité militante à peu près nulle ;
  • le discours qu’ils tiennent à l’adresse de la Direction est souvent déconnecté des attentes des salariés dont pourtant ils se réclament ;
  • leur capacité à « construire un rapport de forces » et à aboutir à des compromis est souvent déficiente, laissant place à des imprécations ou à un « harcèlement juridique » pratiqué « au nom des salariés » mais en lesquels ceux-ci sont loin de se reconnaître.

Sans que ceci puisse être généralisé, la tendance est suffisamment forte pour qu’un nombre croissant d’entreprises en soient venues à s’en inquiéter. Que faire face à cette baisse de qualité de la représentation syndicale ?

La façon
dont
le syndicalisme
s’exprime
est largement
fonction
du rôle
que l’entreprise
entend
lui faire jouer.
Le militantisme
est-il
systématiquement
considéré
comme une gêne
ou potentiellement
comme
une contribution
positive ?


La tendance peut-elle être inversée ?
Un travail de longue haleine

Il ne s’agit pas, pour les entreprises, de susciter une représentation dont la qualité première serait la docilité, mais de disposer d’interlocuteurs « valables », capable de comprendre les enjeux, de jouer un rôle de régulation, de négocier et d’exprimer effectivement le point de vue des salariés. Sans présenter un caractère d’absolue efficacité, un certain nombre de principes méritent d’être rappelés :

  • l’échiquier syndical est largement fonction du comportement de l’encadrement de proximité ; laxisme et « chasse aux sorcières », indépendamment de la politique de la Direction, ont pour effet de décourager ceux qu’il faudrait encourager et d’encourager ceux qu’il faudrait décourager ;
  • l’exercice d’un mandat de représentation du personnel ne doit pas avoir d’effet négatif sur le déroulement de carrière de l’intéressé, sans quoi les meilleurs s’en détourneront ; bien au contraire, les compétences ainsi acquises devraient être prises en considération ;
  • l’exercice d’un mandat ne doit pas se transformer en rente de situation ; sans tomber dans le pointillisme, l’entreprise a donc intérêt à éviter tout laisser-aller, que ce soit dans l’utilisation des heures de délégation ou dans l’usage des facilités offertes par le budget du comité d’entreprise.

L’exercice d’un mandat de représentation du personnel doit être considéré, autant que possible, comme une contribution à la bonne marche de l’entreprise ; la façon dont il est exercé, indépendamment du comportement propre à l’intéressé, sont largement fonction du rôle que lui fait jouer l’entreprise ; les jeunes les plus doués auront-ils envie ou non de s’y investir ?

Hubert Landier

 
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