Attac:
information ou manipulation ?
Point de vue du n°
631 (17 juin 2002) |
Se
préoccuper du respect des droits de lhomme, mettre
en avant un idéal de justice, se réclamer de la démocratie
et des droits du citoyen, militer pour lamélioration
de la situation économique des pays les moins développés,
dénoncer les atteintes à la biosphère, sen
prendre à la circulation des capitaux dorigine mafieuse,
défendre les droits des femmes et des enfants : ce sont là
autant de nobles causes dont nul ne songerait à mettre en
doute la légitimité. Faut-il pour autant applaudir,
sans plus en faire linventaire, le discours que tiennent certaines
composantes du mouvement anti-mondialiste ? Un examen plus attentif
révèle que les « mouvements citoyens »
peuvent dissimuler des méthodes daction susceptibles
de conduire potentiellement aux pires dérives.
Exemple : Attac (Association pour la taxation des transactions financières
pour laide aux citoyens).
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Les
idées mises en avant :
une dialectique manipulatrice
Attac
se présente comme un « mouvement déducation
populaire » visant, selon la page daccueil du site
Internet www.attac.org, à « réfléchir,
informer, ouvrir le débat, se faire entendre »
afin de « reconquérir les espaces perdus par la
démocratie » et de « se réapproprier
ensemble lavenir de notre monde ». La lecture, numéro
après numéro, du bulletin bi-hebdomadaire diffusé
sur Internet, suggère un jugement différent. Il
ne sagit pas, pour ses rédacteurs, de développer
la capacité de jugement des lecteurs, de les aider à
mesurer la complexité des situations, de peser le pour
et le contre afin de se faire, par eux-mêmes, une opinion,
mais dasséner des arguments qui ne semblent pas
souffrir quon les mette en doute. Il sagit ainsi,
sous couvert dun projet déducation populaire,
dune propagande utilisant différentes techniques
de manipulation : une telle éventualité supposerait
que soient réunies un certain nombre de conditions :
-
par
exemple, il semble aller de soi quAttac représente
un « mouvement citoyen », visant à défendre
des principes démocratiques qui seraient compromis,
à léchelle mondiale, par la haute finance
; ne pas admettre ce présupposé, cest
faire preuve daveuglement ou de mauvaise foi ;
-
les
arguments mis en avant par Attac, quil sagisse
de dénoncer laction de lOMC ou de démontrer
le caractère nocif des OGM, se fondent le plus souvent
sur un avalanche de statistiques ou de faits invérifiables
par le lecteur et qui tous aboutissent à la conclusion
quil sagit de lui faire partager ; la mise en
scène prétendument « scientifique »
dissimule ainsi une absence totale de discussion possible
; tous les arguments mis en avant ramènent inlassablement
au même principe : « la mondialisation libérale
» présente un caractère « anti-démocratique
» et conduit le monde à la perdition ; cest
elle qui est à lorigine, notamment, de toutes
les difficultés des pays pauvres ;
-
les
arguments mis en avant par les adversaires dAttac sont
dénoncés et ridiculisés hors de toute
discussion possible ; leurs auteurs sont caricaturés
; que Pascal Lamy, commissaire européen au commerce,
vienne sexpliquer à loccasion de «
luniversité dété »
dAttac, cest « lhommage du vice à
la vertu » ; largumentation dAttac débouche
ainsi sur une diabolisation de ses adversaires ;
-
Attac
affirme que « un autre monde est possible », mais
rien nen est jamais dit, sinon pour dénoncer,
en vrac, les institutions internationales, les partis politiques
traditionnels, les grandes entreprises ou les intérêts
financiers qui mèneraient le monde à la perdition.
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Même
si
on nen est pas
encore
là,
le fonctionnement dAttac,
sur le fond, nest pas
très différent de celui
des sociétés
de pensée qui,
au nom de la liberté
et des droits
du citoyen,
détruisirent
lAncien régime
et finirent par porter
Robespierre
au pouvoir.
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Les
principes de fonctionnement :
un autocratisme sous couvert de citoyenneté
Les dernières années de lAncien régime
avaient vu fleurir une multitude de « sociétés
de pensées », toutes prétendument autonomes
mais affiliées à quelques clubs parisiens dont le
plus célèbre aura été le Club des
Jacobins.
Attac ne fonctionne pas autrement, mis à part le fait quInternet
est plus rapide que ne létait la poste. Vu de lextérieur,
il sagit dun réseau de groupes locaux jouissant
de la plus grande autonomie dans le cadre de la Charte adoptée
en 1998. Ces groupes rassembleraient des citoyens sensibles à
lhorreur dun monde dominé par les seuls intérêts
financiers. Il sagirait de restaurer une démocratie
aujourdhui compromise ; un dessin, sur la page daccueil
du site www.attac.org, montre ainsi un groupe dindividus
se servant dAttac comme un levier pour faire basculer la
façade de lAssemblée nationale.
Evidemment, cette apparence dAttac, dissimule une réalité
beaucoup plus centralisée. Les décisions importantes
sy prennent dans le cadre dun cercle extrêmement
étroit. Et, très récemment, le président
de lassociation, Bernard Cassen, a pu tout à la fois
annoncer son prochain départ, le nom de son successeur,
le départ du secrétaire général, Pierre
Tartakowsky, sans que celui-ci en ait été seulement
prévenu. La méthode, sur le fond, est donc susceptible
de déboucher, au nom des meilleures intentions, sur les
pires dérives totalitaires.
Hubert Landier
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