Groupe Management social - 71 rue du Faubourg St. Antoine - 75011 Paris - Tél : 01 44 52 89 89 - Fax : 01 44 52 02 84 -
                              nous écrire :

Documents de référence
Les jeunes et l’entreprise :
l’incertaine rencontre

Point de vue du n° 626 (8 avril 2002)
Le Cabinet Aïda Consulting, dont le siège est à Lyon, vient de réaliser une enquête auprès de 300 jeunes qui se préparent à entrer dans la vie professionnelle afin d’évaluer quelles étaient leurs attentes à l’égard de l’entreprise. En retour, 33 entreprises ont été interrogées sur ce qu’elles attendaient des jeunes.
Une image en ressort : les jeunes accordent beaucoup d’importance à l’ambiance de travail ; ils veulent être reconnus, progresser, et considèrent la première entreprise où ils auront l’occasion de travailler comme une étape. En contrepoint, les entreprises mettent en avant les soucis des jeunes de réaliser un équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie personnelle, un certain individualisme et un rapport nouveau à l’autorité. Une rencontre qui ne va pas de soi entre deux mondes dont les codes et les valeurs de référence ne sont pas les mêmes.

Les jeunes :
ce qu’ils attendent de l’entreprise

Un jeune sur deux est content ou impatient de rentrer dans la vie active ; cela ne va pas sans une certaine inquiétude pour le tiers des jeunes interviewés. En revanche, les uns et les autres savent ce qu’ils veulent : les trois quarts d’entre eux solliciteront plusieurs entreprises pour choisir celle qui leur convient le mieux. Ce qui détermine leur choix :

  • un bon salaire à l’embauche (44 %),
  • des relations humaines de qualité et une bonne ambiance de travail (47 %).

En revanche, ils se montrent moins sensibles à la possibilité de faire carrière (1 sur 3 seulement), aux horaires (1 sur 4) ou aux possibilités de formation (1 sur 4).
En ce qui concerne la nature de leurs rapports avec l’entreprise, telle qu’ils l’imaginent, il est clair que cette première expérience professionnelle ne sera pour eux qu’un passage :

  • 53 % affirment qu’elle représente « une possibilité qui me sera donnée de progresser et de me développer »,
  • 42 % qu ’« elle sera une étape dans ma vie professionnelle »,
  • 44 % que dans 5 ans, « ils auront utilisé leur première entreprise pour se former et auront changé pour une autre qui leur offre de meilleures conditions ».

Les jeunes souhaitent pouvoir apporter à l’entreprise qui les accueillera un fort investissement personnel, leurs idées, leur esprit d’équipe, leur autonomie et leur enthousiasme, mais manifestent une certaine appréhension ; ils craignent ainsi :

  • de ne pas savoir ce qu’on attend d’eux : 42 %,
  • de ne pas bien savoir faire leur travail : 38 %.

Leurs rapports à l’autorité diffèrent de ce qu’ils étaient pour leurs aînés. Selon eux, un bon chef, c’est quelqu’un qui :

  • « sait écouter et laisse la possibilité d’exprimer les idées » : 65 %,
  • « dit clairement ce qu’on attend de moi » : 48 %,
  • « laisse la possibilité de prendre des initiatives » : 30 %.

En revanche, les qualités suivantes ne semblent guère appréciées :

  • il m’aide dans mon travail : 12 %,
  • il a de l’autorité : 8 %,
  • il me donne des informations sur l’entreprise : 4 %.

Au total, plusieurs types de circonstances sont susceptibles de conduire les jeunes à quitter leur première entreprise :

  • « qu’on ne me propose pas de possibilités d’évolution » 50 %,
  • « que la rémunération ne progresse pas à la hauteur de mes efforts » : 35 %,
  • « qu’on ne reconnaisse pas et qu’on ne valorise pas mes efforts » : 35 %.

 

Comment
faire coexister,
au sein
d’une même
organisation,
des générations
dont les
systèmes
de références
sont différents ?
Peut-être,
s’agissant
des détenteurs
de l’autorité,
en inventant
des règles
de fonctionnement
qui prennent
en considération
les attentes
et les valeurs des nouveaux
venus.

Les entreprises :
ce qu’elles disent des jeunes


Les entreprises contactées par Aïda ont elles-mêmes des jeunes une image qui n’est pas contradictoire avec les réponses de ces derniers. Elles estiment que ceux-ci expriment les attentes prioritaires suivantes :

  • des marges de manœuvre fortes (64 %),
  • des promotions rapides (58 %),
  • des activités compatibles avec leur vie privée (46 %).

Elles mettent par ailleurs en avant un certain nombre de difficultés dans leur rapport avec les jeunes :

  • un degré d’engagement moins fort, de l’individualisme, voire de l’indifférence : 58 %,
  • un nouveau rapport à l’autorité : 55 %,
  • les nouveaux codes de comportement : 46 %.

D’où les initiatives d’ores et déjà mises en œuvre : parcours d’intégration (73 % des réponses) et coaching des jeunes par leur manager (30 %), en attendant la conception de carrières personnalisées et une adaptation des politiques de rémunération.
Des adaptations qui s’imposent en effet : La Lettre a déjà insisté sur un aspect négligé des tensions que l’on peut observer dans les entreprises : celles-ci s’expliquent par des problèmes liés au comportement spécifique de chaque génération : faire voisiner un chef un peu âgé et de jeunes employés, ou un chef jeune et des employés proches de la retraite, le tout dans une organisation conçue par leurs prédécesseurs aux uns et aux autres, c’est l’assurance d’aller vers des déboires plus ou moins sérieux. À mois qu’on ne se penche sérieusement sur les moyens de faire coexister les uns et les autres.

Hubert Landier

 
Retour à la page d'accueil :