Une
conséquence des 35 heures
Vers une modification durable des comportements
Point
de vue du n° 624 (11 mars 2002) |
La
mise en uvre des 35 heures dans les entreprises se traduit
par de multiples difficultés dorganisation, une montée
du stress et des tensions qui expliquent en partie un certain nombre
de conflits récents.
Les enquêtes réalisées par MCS dans un certain
nombre dentreprises laissent apparaître par ailleurs,
au fil des entretiens, une modification dattitude à
légard du travail, notamment parmi les plus jeunes,
quil sagisse douvriers, demployés
ou de cadres. Il sagit moins de simpliquer dans une
action collective et davantage de trouver un équilibre entre
le travail et la vie personnelle.
Les 35 heures renforcent ainsi une tendance qui a été
déjà décrite : les considérations personnelles
tendent désormais à lemporter sur lintérêt
de lentreprise |
Stress
et tensions :
quand
lorganisation na pas suivi
Avec un ou deux ans de recul, les 35 heures font lobjet,
à entendre les salariés, dun jugement mitigé.
Bien sûr, cest agréable de disposer de journées
ou de demi-journées de repos supplémentaires,
qui viennent sajouter aux congés payés.
En contrepartie, toutefois, la réduction de la durée
du travail comporterait de multiples inconvénients. Les
griefs les plus fréquemment mis en avant sont les suivants
:
-
la
réduction du temps de présence dans lentreprise
a été finalement inférieure à
celle que lon espérait ;
-
les
embauches ont souvent permis de faire face à un surcroît
dactivité sans pour autant avoir compensé
réellement la réduction du temps de travail
; il en résulte autant de travail, sinon parfois plus,
à assurer en un temps réduit ;
-
les
plannings sont difficiles à gérer, compte tenu
des absences aléatoires liées à la façon
dont les salariés gèrent leurs jours de congés
supplémentaires ;
-
la
chasse au temps perdu (par exemple devant la machine à
café) a conduit à des problèmes de communication
et à une détérioration de lambiance
; on ne se parle plus et on ne se comprend plus ;
-
la
pression du travail, liée aux problèmes dorganisation
résultant des absences, débouche sur un sentiment
permanent de stress ; le respect des dispositions légales
et le rythme imposé par la RTT ne saccorde pas
avec celui des affaires ; nombreux sont les salariés
qui ont le sentiment dêtre de plus en plus débordés,
que lentreprise se montre de plus en plus exigeante
à leur égard, quils ne sen sortiront
jamais...
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Pour
les salariés,
le problème
est désormais
le suivant :
vais-je prendre
mes jours
de congés
supplémentaires
aux dates
qui me
conviennent
ou à celles
qui conviennent
à lentreprise ?
La réponse
nest
pas simple.
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Le
difficile équilibre :
intérêt de lentreprise et intérêt
personnel
La mise en uvre des 35 heures est souvent passée par
la signature daccords prévoyant dans quelles conditions
les salariés doivent prendre les jours de congés qui
en résultent. Pour certains dentre eux, il sagit
ainsi dune préoccupation nouvelle : « quand vais-je
prendre mes jours de RTT ? » Certains privilégient
la logique de fonctionnement de lentreprise et sefforcent
de « prendre leurs jours » quand les échéances
auxquelles correspond leur travail le leur permettent ; dautres,
au contraire, privilégient leur calendrier personnel : mercredis,
vacances scolaires, etc. ; dautres, enfin sefforcent
de concilier les contraintes liées au travail avec leurs
préférences personnelles.
Cette logique déquilibre correspond assez bien aux
attentes des jeunes ; pour eux, il nest plus question de se
dévouer à une entreprise à laquelle on se sentirait
lié pour la vie ; il sagit plutôt de trouver
un équilibre de type « donnant-donnant » ; les
jeunes ne répugnent donc pas à faire un effort sil
le faut (par exemple, rester plus tard), mais à condition
toutefois que lentreprise se montre elle-même compréhensive
lorsquils ont une faveur à demander (par exemple, partir
plus tôt). Limage des managers passe largement par leur
capacité à négocier, au quotidien, de tels
arrangements.
La pratique des 35 heures, avec les marges nouvelles de liberté
quelle apporte, tend à renforcer cette tendance. De
léquilibre de type « donnant-donnant »,
on risque vite, toutefois, de passer à un comportement tendant
à privilégier lintérêt personnel
sur les contraintes liées au fonctionnement collectif. Dès
lors, le travail ne constitue plus guère quun mauvais
moment à passer, que lon cherche à caser au
mieux de ce quon a par ailleurs envie de faire de son temps.
Le contrat moral qui, au-delà de la lettre du contrat de
travail, lie lentreprise et le salarié, se trouve ainsi
profondément bouleversé. Le salarié aura tendance
à privilégier plutôt son intérêt
propre ou à plutôt prendre en considération
les contraintes liées à laction collective compte
tenu de la capacité de lentreprise à lui proposer
en échange - et au-delà de sa rémunération
- une ambiance conviviale, un travail intéressant ou des
possibilités dévolution. Cela ne va pas de soi,
dautant plus que les termes de léchange ne sont
pas les mêmes selon les âges de la vie, selon létat
du marché de lemploi (tel que lévalue
chacun), et selon lévolution des contraintes qui simposent
à lentreprise.
Hubert Landier
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