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Documents de référence
Augmentations individuelles des salaires
attention ! cause majeure de mécontentement

Point de vue du n° 622 (11 février 2002)
L’augmentation individuelle des salaires fait partie de la panoplie des nouvelles méthodes de management. Elle se veut une façon de prendre en compte l’effort personnel et d’associer ainsi les salariés à la dynamique de l’entreprise.
Entre l’intention et la mise en oeuvre, l’observation de la réalité des entreprises montre toutefois l’existence d’un fossé. Une série d’enquêtes d’opinion réalisées au lendemain de conflits sociaux laisse en effet apparaître que la façon dont les augmentations individuelles sont perçues est cause de frustrations, de jalousies, de mécontentements, et qu’elle contribue à l’explication de mouvements de grève parfois longs et fortement suivis. Ce que disent les salariés interrogés permet de comprendre pourquoi.

De l’intention à la mise en oeuvre :
ce que reprochent les salariés aux augmentations individuelles

Les entretiens réalisés par MCS dans plusieurs entreprises ayant été paralysées par des mouvements de grève durant au moins quelques jours laissent apparaître, venant du personnel, plusieurs reproches en ce qui concerne les augmentations individuelles de salaires :

  • « c’est à la tête du client » : nombre de personnes interrogées se plaignent de l’absence de critères objectifs, ou du moins clairement identifiés, qui permettraient de comprendre pourquoi certaines personnes ont été augmentées et d’autres pas ; il en résulte un sentiment d’arbitraire, l’encadrement étant accusé d’ « avoir ses têtes » et de pratiquer le « copinage » ; bien entendu, les personnes qui n’ont pas reçu d’augmentation se répandent sur l’injustice dont elles auraient été victimes ;
  • ce point de vue donne lieu à des bruits de couloirs qui tendent à polluer l’atmosphère, la « distribution des enveloppes » présentant souvent un caractère public ; « il y a ceux qui sont appelés à monter et ceux qui ne le sont pas » ; la mise en cause des critères de choix constitue ainsi une façon de sauver la face pour ceux qui n’ont rien obtenu ;
  • dans nombre de cas, il est apparu que la « distribution des enveloppes » n’était accompagnée d’aucune explication, qu’il s’agisse de ceux qui avaient obtenu une prime ou une augmentation ou de ceux qui n’avaient rien obtenu ; le caractère pédagogique des augmentations individuelles se trouve ainsi complètement vidé et laisse place à un sentiment d’arbitraire ; cette tendance se trouve accentuée dans certaines entreprises où les « entretiens annuels d’évaluation » n’ont pas lieu ou alors d’une façon très irrégulière, au moins pour le personnel ouvrier et employé.

Pour ces raisons, le système des augmentations individuelles est mis en cause, parfois avec force, par des salariés ayant participé, au cours des mois précédant l’entretien, à un mouvement de grève ; parallèlement, la faiblesse des augmentations collectives, au regard de la rentabilité affichée par ailleurs par l’entreprise, apparaît comme étant d’autant plus inacceptable.

La pratique
des augmentations
individuelles
suppose
une certaine qualité
dans le
management humain
de l’entreprise ;
à défaut
d’explications
données
aux intéressés
et de critères
objectifs
d’appréciation,
elle suscite
des mécontentements
et des bruits
de couloirs
qui alimentent
ensuite
les conflits
collectifs.

Un problème de management :
les règles à respecter


Il apparaît ainsi que les augmentations individuelles, pour jouer effectivement le rôle que l’on en espère et ne pas constituer un facteur de tensions sociales supplémentaire, supposent dans leur mise en oeuvre que soient respectées un certain nombre de règles :

  • que l’intéressé bénéficie d’une augmentation ou non, il importe qu’il reçoive les explications justifiant la décision de la hiérarchie à son égard ; cette explication doit être systématique, l’expérience montrant qu’il ne suffit pas d’affirmer « qu’ils peuvent toujours demander », ce que bien entendu, « ils » ne font pas ; il est hautement souhaitable, de ce point de vue, que la pratique des augmentations individuelles soit couplée avec celle des entretiens annuels, ce qui suppose que l’encadrement y soit effectivement sensibilisé ;
  • les critères d’appréciation doivent être aussi transparents que possible, à défaut d’une parfaite objectivité ; l’existence d’une grille d’appréciation est hautement souhaitable ;
  • la remise des augmentations doit respecter une certaine exigence de discrétion; il importe donc d’éviter que la distinction entre les «heureux élus » et les autres ne présente un caractère public, ce qui entretient jalousies, bruits de couloirs et récriminations ; ce sont ces récriminations individuelles qui viennent ensuite alimenter les conflits collectifs.

Hubert Landier

 
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