Groupe Management social - 71 rue du Faubourg St. Antoine - 75011 Paris - Tél : 01 44 52 89 89 - Fax : 01 44 52 02 84 -
                              nous écrire :

Documents de référence
Du parti pris à l’attentisme
l’attitude des cadres en cas de conflit

Point de vue du n° 620 (14 janvier 2002)
Les cadres ont cessé de s’identifier systématiquement au point de vue de la Direction. Dans les entreprises de petite taille ou dans les établissements où ils ne sont que quelques-uns à assurer une véritable responsabilité d’encadrement, ils partagent bien entendu une grande partie des préoccupations de la Direction. En revanche, là où ils sont plus nombreux, et notamment parmi les experts, ils tendent souvent à s’identifier aux réactions de l’ensemble du personnel, seule une petite minorité de cadres dirigeants faisant cause commune avec la Direction.
Ces réactions nouvelles sont importantes à prendre en considération en cas de conflit social ; l’entreprise est loin de pouvoir compter systématiquement sur leur appui face aux grévistes. L’expérience de conflits récents montre, de leur part, une diversité d’attitudes que l’entreprise devra nécessairement prendre en compte dans la conduite du conflit.

Les cadres et la grève :
une diversité d’attitudes

Les analyses de conflits permettent d’observer, venant de l’encadrement, une grande diversité d’attitudes ; le temps n’est plus où la Direction d’une entreprise pouvait se permettre de mobiliser la maîtrise, en cas de menaces de débrayage, afin de « chasser les rouges ». Certes, nombre d’entre eux, s’identifiant à l’avenir de leur entreprise, se montrent toujours aussi disponibles ; les mouvements de grève laissent par contre apparaître des attitudes assez nouvelles.
Bien souvent, les cadres, et surtout les agents de maîtrise, se cantonnent ainsi dans une attitude prudente de « stand-by », refusant de s’engager dans un sens comme dans l’autre et jouant, dans le meilleur des cas, un rôle de modérateur ; cette attitude peut s’expliquer par trois raisons différentes :

  • la nécessité, souvent mise en avant par les agents de maîtrise, de « vivre avec les grévistes » une fois le travail repris, alors que les « cadres de direction », plus mobiles, n’auront pas à subir les conséquences de leur engagement ;
  • le souci de concilier leurs responsabilités, en tant qu’encadrant, avec un engagement syndical, présent ou passé ; leur retrait correspond alors à l’impossibilité pour eux d’assumer ces exigences contradictoires ; en revanche, ils se réservent la possibilité de jouer un rôle actif au moment de la reprise du travail ;
  • un accord réel, quoique non exprimé, avec les revendications mises en avant par les grévistes ; il pourra ainsi arriver que des cadres organisent le travail dans leur service afin de permettre au personnel de participer au mouvement sans perturber les relations avec la clientèle.

Très fréquemment, une césure apparaît, à l’occasion du conflit, entre niveaux hiérarchiques, et notamment entre agents de maîtrise et cadres stricto sensu. On observe que les membres du premier niveau d’encadrement, souvent « issus de la base », tendent à faire cause commune avec les grévistes, dont ils comprennent et partagent dans une certaine mesure les récriminations.
Il arrive enfin, dans certaines entreprises où les cadres sont particulièrement nombreux (ingénieurs de recherche) ou dans lesquelles la tradition conflictuelle est bien enracinée, que certains, au moins d’entre eux, soient partie prenante au conflit ; leur attitude, dès lors, n’est pas très différente de celles des autres salariés.

A défaut
de prendre
ouvertement
fait et cause
pour
la Direction
pendant
la durée
du conflit,
l’encadrement
a, notamment,
un rôle à jouer
de la plus
haute importance
au moment
de la reprise
du travail.

Compte tenu de l’évolution des comportements :
ce que peut être le rôle spécificique des cadres en cas de conflit

Compte tenu de cette évolution des comportements, la Direction peut « ne pas pouvoir compter » sur une partie de son encadrement et n’avoir d’ailleurs rien à gagner à leur forcer la main ; le rôle des cadres, quand ils se placent en position neutre, voire qu’ils manifestent leur sympathie pour les grévistes, n’en est pas moins important ; ils peuvent en effet, spontanément ou invités en ce sens par la Direction :

  • maintenir le contact avec les grévistes en faisant circuler l’information sur les positions de la Direction, voire en calmant les esprits ou en expliquant certaines données de la situation notamment sur le plan économique ;
  • informer utilement la Direction de l’état d’esprit des grévistes ;
  • assurer enfin la reprise du travail dans des conditions assurant « la paix des braves » entre salariés aux opinions parfois opposées.

Sans pour autant adhérer purement et simplement aux positions de la Direction, les cadres, compte tenu de leur influence auprès du personnel, peuvent ainsi jouer un rôle de relais et faciliter l’issue du conflit.

Hubert Landier

 
Retour à la page d'accueil :