Les
entreprises et la presse :
Lincommunicabilité est-elle
une fatalité ?
Point
de vue du n° 615 (5 novembre 2001) |
Les
entreprises se plaignent volontiers de ce que les journalistes rendraient
compte dune façon imparfaite ou partiale des faits
les concernant. Mais ce que leurs dirigeants paraissent ignorer,
cest que les journalistes eux-mêmes se plaignent, parfois
avec amertume, de ce que les entreprises, par leur négligence
ou par leurs exigences, sont loin de leur faciliter le travail.
En cas de crise, quelle soit écologique (le naufrage
de lErika) ou sociale (laffaire Danone), cest
clairement limage de lentreprise qui se joue, lopinion
jouant un rôle darbitre entre les points de vue en présence.
Le rôle des journalistes peut donc être déterminant.
Et les entreprises auraient donc tout intérêt à
soigner davantage leurs relations avec la presse.
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Les journalistes et lentreprise :
quand
lincompréhension domine
A entendre certains dirigeants dentreprise,
les journalistes seraient coupables de donner des faits concernant
celle-ci une interprétation qui serait souvent biaisée
; lexplication quils en donnent est quils
ne connaissent pas le sujet, quils font preuve de partialité
pour des raisons tenant à un engagement militant personnel,
ou encore, quils sacrifient le fond des choses à
ce quelles ont de plus clinquant. Bref, ils nen
rendraient pas compte dune façon que lon
pourrait qualifier dobjective Bien entendu,
un tel point de vue, quand il est exprimé, est toujours
illustré de cas despèces qui tendraient
à prouver la mauvaise foi des journalistes.
Le problème, cest que ceux-ci ne se montrent guère
plus avares de reproches à légard des entreprises.
Et ceci pour toute une série de raisons qui méritent
dêtre examinées :
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La connaissance
des contraintes
auxquelles
se heurte
le journaliste
permettrait
déjà
aux entreprises
de respecter
certaines
règles du jeu
dans ses relations
avec lui
et déviter ainsi
des erreurs
qui finissent
par
se retourner
contre elles. |
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-
les
entreprises voudraient faire dire aux journalistes ce quelles
veulent entendre, confondant ainsi information et propagande
; elles souhaitent « faire passer le message »
sur ce quelles souhaitent et quand elles le souhaitent
;
-
les
entreprises ne sexpriment pas volontiers, et encore
moins rapidement, sur les sujets quelles ne souhaitent
pas aborder ou dont, tout simplement, elles se désintéressent
momentanément, quitte plus tard à mobiliser
des spécialistes de la communication pour tenter de
se faire entendre ainsi quelles le souhaitent ;
-
il
est peu facile, de lextérieur, de savoir à
qui sadresser, et dobtenir ensuite de ses interlocuteurs
de linformation qui soit utile, intéressante
pour les lecteurs ou les auditeurs, et ceci en temps utile
; les services de presse font souvent barrage sans être
en mesure dapporter des informations utiles en dehors
de « campagnes de communication » qui se traduisent
souvent par des communiqués dont le destin naturel
est daller à la poubelle ;
-
les
entreprises, autrement dit, sefforceraient dinstrumentaliser
les journalistes tout en manifestant, par leur comportement,
quelles ignoreraint la déontologie des journalistes
et les contraintes liées à leur métier.
Comment
sen sortir
la nécessité, pour lentreprise, de connaître
les règles du jeu
La capacité de lentreprise à communiquer pouvant,
en certaines circonstances, être déterminante (dautres
étant susceptibles de sen charger en son nom), le
respect de certaines règles du jeu et dun certain
comportement relationnel apparaît ainsi comme dune
extrême importance. Rares sont aujourdhui les chefs
dentreprise qui refusent a priori de communiquer ; en revanche,
rares sont ceux dentre eux qui connaissent les règles
du jeu élémentaires qui leur permettraient, en facilitant
la tâche du journaliste, davoir une chance accrue
de se faire entendre (à défaut de lui faire dire
ce quelles souhaitent, ce qui ne respecterait pas son indépendance
de jugement). Par exemple :
- «
je ne peux rien vous dire pour linstant, on vous rappellera
» : cest oublier que le journaliste a des contraintes
de bouclage qui sont incontournables et quà défaut
de plus de précision sur le délai, il ira chercher
son information ailleurs ;
- le journaliste
est là pour rendre compte de faits susceptibles de retenir
lattention de ses lecteurs ou de ses auditeurs ; ce nest
pas lui faciliter la tâche que de le noyer sous des considérations
exagérément techniques qui intéressent
surtout celui qui les exprime ;
- il doit
se faire rapidement une opinion sur des évènement
souvent compliqués où chacun sefforce de
lui faire accroire sa propre version des faits ; plus le point
de vue exprimé apparaît comme partial, plus le
journaliste le considérera donc avec prudence.
Dernier point,
peut-être le plus important : le journaliste ne saurait
admettre que lon ne respecte pas son indépendance
de jugement. Lentreprise ne saurait donc en attendre quil
se contente de diffuser le point de vue de ses dirigeants. Cest
ce qui sappelle la liberté de la presse.
Hubert Landier
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