Situation
de crise :
Se préparer à l'imprévisible
Point de vue du n°
613 (8 octobre 2001) |
Pour
les entreprises, le risque social ne vient plus tant de l'intérieur
que d'interlocuteurs extérieurs, souvent mal identifiés,
mais dont l'intervention peut être redoutable par ses effets.
"L'affaire Danone "demande ainsi à être considérée
avec attention; les difficultés les plus graves de conséquences
pour l'image de l'entreprise ne sont pas venues des syndicats, mais
d'une association, Attac, qui est parvenue à mobiliser les
politiciens de gauche et les médias contre le plan prévu
par l'entreprise.
Les stratégies sociales demandent ainsi à être
revisitées de façon à prendre en compte l'existence
et l'action possible de ces nouveaux venus. Elles ne sauraient se
limiter à la gestion des rapports avec les syndicats représentatifs
qui constituaient les interlocuteurs habituels de l'entreprise. |
Une
nouvelle frontière pour
les rapports sociaux :
l'irruption de nouveaux venus
Les États-Unis se préparaient au risque que représentaient,
aux yeux de leurs dirigeants, une projection de missiles ; l'attaque
aura pris une tout autre forme : des bombes constituées
d'avions civils détournés par une petite vingtaine
de pirates de l'air prêts à sacrifier leur vie
pour leur cause. La première puissance économique
et militaire mondiale s'en sera trouvée désarçonnée:
ni la technique ni l'importance des moyens matériels
disponibles ne lui avaient permis de s'y préparer ; les
services secrets n'auront rien vu venir, et les premières
réactions officielles auront tout simplement témoigné
de l'incapacité des dirigeants américains à
penser ce qui venait de se produire.
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Les
entreprises
devront apprendre
à connaître
des problématiques
qui ne leur sont pas
familières
et
à les comprendre
afin de s'en prémunir;
cela supposera
de se situer au-delà
des rapports sociaux
traditionnels et qui,
aussi agressifs
fussent-ils parfois,
présentaient finalement
un caractère rassurant. |
Il
est permis d'affirmer qu'il en va de même de l'entreprise
; elle se prépare à une éventuelle confrontation
avec les syndicats, ses interlocuteurs habituels, et voici que les
dommages viennent d'une organisation tout à fait extérieure
à l'entreprise. Comme l'affirme un lecteur de MCS, directeur
général d'un grand hôtel de la Côte d'azur,
" la CGT, je sais faire; ce que je ne sais pas faire, c'est
quand un comité de chômeurs menace d'envahir l'hôtel
le soir du réveillon ".
Affirmer que leur action est absurde, ou qu'elle est illégale,
ne servirait à rien. Comme les commandos suicides, qui se
sont jetés sur Manhattan, ils sont là. Afin de leur
faire face, et de prévenir leur action, il va donc d'abord
falloir apprendre qui sont ces nouveaux venus, s'imprégner
de leur façon de penser et connaître leurs méthodes
afin de mieux les déjouer. La veille sociale, autrement dit,
ne peut plus se limiter aux jeux de cour au sommet d'organisations
supposées " représentatives " ; le danger
vient aujourd'hui d'acteurs qui ne se reconnaissent pas dans le
jeu institutionnel qui assurait finalement le confort des entreprises.
Le secret d'une stratégie
bien
pensée :
Savoir se mettre à la place de l'autre
Afin de faire face avec efficacité à ces nouveaux
venus sur la scène politique, sociale, culturelle et médiatique,
il va donc falloir d'abord échapper à cette sorte
d'enfermement que constituent les relations soigneusement balisées
avec des interlocuteurs bien identifiés. D'abord, qu'il
s'agisse de la CGT, de la CFDT ou des autres, ils ne sont plus
ce qu'ils étaient ; ensuite, l'initiative, de plus en plus,
vient d'ailleurs.
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Il va donc
falloir apprendre à s'orienter dans ce grenouillement de
collectifs qui veulent aujourd'hui se faire entendre sur la scène
politique, sociale et médiatique.
Il va ensuite falloir essayer de les comprendre, de se glisser
dans leur problématique, de connaître leurs modes
d'intervention, ceci afin de prévenir certaines formes
d'action qui pourraient être particulièrement coûteuses
pour la réputation de l'entreprise. Cela suppose une veille
sociale qui soit dégagée de tout préjugé.
Leurs modes d'intervention peuvent sembler déconcertants,
ils n'en ont pas moins leur logique, peut-être même
leur part de vérité, et c'est cette logique et cette
part de vérité qu'il s'agit de comprendre afin de
s'en mettre à l'abri.
Cette exploration doit conduire à une réflexion
sur les modes d'organisation de l'entreprise ; très certainement,
les fonctions RH, communication (interne et externe) et marketing
devront apprendre à mieux coopérer. Et il conviendra
de ne jamais oublier que les conflits se joueront de plus en plus
face à l'opinion publique. Rien ne sert d'avoir juridiquement
raison si la presse vous condamne. Les dirigeants d'entreprise
devront ainsi faire preuve d'une grande ouverture d'esprit, se
montrer attentifs au mouvement du monde, apprendre à connaître
des problématiques qui ne leur sont pas familières
et avant tout, apprendre à ne pas mépriser ces interlocuteurs
qu'ils seraient volontiers tentés d'ignorer.
Hubert Landier
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