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Documents de référence
Radicalisation des rapports sociaux
Comment se créent les syndicats SUD

Point de vue du n° 607 (18 juin 2001)
L’apparition de syndicats SUD a cessé d’être limitée à un petit nombre d’entreprises publiques. Il s’en crée désormais dans un grand nombre d’entreprises privées où ils obtiennent souvent, dès les premières élections, des scores qui sont loin d’être négligeables. Ainsi chez Michelin, où le syndicat SUD nouvellement créé obtenait, le 31 mai dernier, 24,2 % des voix dans le collège ouvrier.
Feu de paille ou tendance durable ? Quoi qu’il en soit, l’apparition de ces nouveaux venus répond la plupart du temps à une logique qui la rendait prévisible. Quand la maîtrise n’occupe pas le terrain, quand la logique d’affrontement l’emporte sur l’esprit de compromis, quand les syndicats traditionnels ont perdu le contact avec la base, quand ils se trouvent confrontés à des choix déchirants ou qu’ils paraissent trop compromis avec la Direction pour être véritablement crédibles, l’apparition d’un syndicat SUD ne doit pas étonner.

Une raison déterminante :
la nature a horreur du vide

La multiplication des syndicats SUD ne doit pas être considérée comme la manifestation d’un complot, mais comme le résultat d’une situation de carence qui met en cause aussi bien la responsabilité des syndicats traditionnels que celle de la Direction des entreprises concernées. C’est que les salariés n’ont pas obtenu satisfaction à leurs attentes auprès de leurs interlocuteurs traditionnels.
Ces interlocuteurs traditionnels, ce sont, d’une part, la maîtrise et l’encadrement de proximité, d’autre part, les syndicats déjà implantés. C’est auprès de l’une et des autres qu’ils attendent une réponse à leurs questions individuelles et à leurs interrogations collectives. Dans de nombreuses entreprises, toutefois, l’encadrement brille surtout pas son absence ; l’on a pris le meilleur ouvrier de l’atelier pour en faire un chef d’équipe ; la maîtrise a été recrutée et formée en fonction de considérations techniques, elle manque de soutien qui lui serait nécessaire et ne dispose pas des informations qui lui permettraient de répondre aux sollicitations qui s’adressent à elle.
De même les représentants des syndicats traditionnels, quelle que soit par ailleurs leur étiquette, se contentent bien souvent de faire valoir leurs droits. On ne les voit guère sur le terrain, si ce n’est au moment des élections professionnelles, et ils donnent aux salariés le sentiment, justifié ou non, de gérer à leur profit la rente de situation que leur offre leur qualité de « salariés protégés ». Ils « font partie des meubles », ou tout au moins du contexte institutionnel, sans pour autant répondre aux attentes de leurs mandants. La situation est alors favorable à l’apparition de nouveaux venus.

En mettant
la pression
sur des militants
afin
d’obtenir d’eux
une signature
alors que
leurs mandants
n’y sont
pas prêts,
les instances
syndicales
extérieures
et la Direction
elle-même
prennent
le risque
d’une rupture
et de la création
d’un syndicat SUD.
Exemple :
Michelin.

L’événement déclencheur :
du désaccord interne à la scission

Celle-ci intervient alors à l’occasion d’un événement qui servira de déclencheur et qui provoque, au sein d’un syndicat influent et anciennement implanté, un conflit qui se termine par une scission et le départ d’un certain nombre de militants. Ce conflit peut résulter de circonstances internes, par exemple, le départ d’un leader qui, par sa seule présence, maintenait la cohésion du groupe. Mais elle peut résulter également d’une intervention extérieure. Par exemple, les instances fédérales font pression sur le syndicat pour qu’il signe un projet d’accord qui lui est soumis par la Direction ; ceux qui ne sont pas d’accord s’en vont alors créer leur propre syndicat.
La Direction de l’entreprise peut ainsi provoquer la rupture à son insu en « mettant la pression » sur ses interlocuteurs syndicaux alors que leurs mandants ne sont pas prêts. Les dirigeants syndicaux sur lesquels elle s’appuie perdent leur crédibilité auprès de leur base en essayant de lui forcer la main dans le sens de ce qu’ils estiment être la position souhaitable ; quand celle-ci consiste à signer un texte qui ne suscite pas l’unanimité ou dont l’intérêt n’a pas été compris, ils sont vite accusés d’avoir partie liée avec leur interlocuteur patronal. Les opposants peuvent alors être tentés de monter leur propre structure et de demander conseil, pour cela, à des militants SUD extérieurs. Ceux-ci apparaissent en effet comme vierges de toute compromission. Quand la Direction et les syndicats déjà implantés s’opposent par la suite sur le plan juridique à la reconnaissance de leur représentativité, les nouveaux venus en sortent renforcés. Ils renforceront cette image en remettant systématiquement en cause les compromis et les pratiques qui leur paraissent aller dans un sens défavorable aux salariés et s’acquièrent ainsi une réputation de redresseurs de torts.

Hubert Landier

 
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