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Groupe Management social -
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C'est pourquoi ils attendent beaucoup d'une modification des
règles relatives à la représentativité
syndicale et au financement des syndicats. Si la plupart d'entre
eux jugent indispensable la pratique du dialogue social, celui-ci
n'en doit pas moins, estiment-ils, faire l'objet de très
profondes réformes. A défaut de quoi les
dérives actuelles finiraient par constituer un réel
handicap pour les entreprises françaises.
Ce que disent les DRH :
des interlocuteurs de plus en plus inexistants
Les DRH de la génération précédente
critiquaient les représentants du personnel dans la mesure
où ils s'inspiraient à leurs yeux d'une
idéologie incompatible avec le fonctionnement de
l'entreprise dans une économie de marché. A la
limite, il s'agissait de défendre le monde libre contre
le péril rouge représenté par la CGT, et
à certaines époques, par la CFDT. A contrario, ils
valorisaient le rôle des syndicats participatifs, comme
on disait chez Peugeot, à savoir Force ouvrière, la
CFTC, la CGC, et parfois la CSL. On trouvera dans cet esprit de
croisade l'origine des récentes difficultés de
l'UIMM.
Cette confrontation idéologique appartient toutefois
largement au passé. Ce que reprochent les DRH aux
syndicalistes qu'ils ont aujourd'hui en face d'eux est tout
différent :
Même difficulté au niveau de certaines branches
professionnelles ; compte tenu de l'extrême dispersion de
celles-ci, il arrive que certaines fédérations se
fassent représenter par des permanents qui ne connaissent
pas les métiers auxquels vont s'appliquer les dispositions
dont ils vont discuter le contenu. Il en résulte un
dialogue sans intérêt, soit qu'ils acceptent
purement et simplement ce qui leur est proposé, soit qu'ils
s'y opposent brutalement, faute de pouvoir entrer réellement
dans le jeu de la discussion.
Cette perception, exprimée par des praticiens de la
négociation, est à l'opposé de l'image
d'Epinal, dont semblent se contenter certains milieux politiques,
de représentants du personnel qui par définition
seraient représentatifs, compétents, convaincus et en
prise directe avec leurs mandants. Bien entendu, soulignent les
praticiens, il y a des exceptions ; on le voit à l'occasion
de conflits portant sur l'emploi ; mais c'est sans compter les cas,
dont on parle moins, où les délégués se
contentent de négocier leur propre avenir sans plus se
soucier de celui de leurs mandants.
Le fonctionnement des IRP :
des coûts cachés mais bien réels
Certains dirigeants d'entreprise seraient prêts à
considérer qu'il s'agit là de faux frais, d'une
sorte de tribut à payer afin de pouvoir travailler, d'une
même nature que les enveloppes qu'ils doivent
prévoir à l'intention des détenteurs du
pouvoir dans tel ou tel pays où la corruption va de soi. Le
problème, c'est que ce tribut leur coûte de plus en
plus cher, même si ces coûts ne sont pas très
visibles.
Il y a d'abord le coût de fonctionnement des IRP à
proprement parler, et notamment celui des heures de
délégation ; le problème, c'est que celles-ci,
dans un contexte où on serre les budgets, ne semblent pas
toujours correctement utilisées ; les représentants
du personnel ont tendance à épuiser
systématiquement le contingent d'heures auquel ils ont droit
et, de notoriété publique dans certaines entreprises,
ils en usent à des fins personnelles et non pas dans le
cadre de leur mandat ; en outre, les départs en
délégation inopinés provoquent des
problèmes de planning de sorte que certains agents de
maîtrise en viennent à affirmer que de toutes
façons, on ne peut pas compter sur eux.
A cela s'ajoute le coût d'organisation des
réunions, qui représentent souvent des frais de
déplacement élevés, ceci sans compter les
frais de traduction et d'interprètes en ce qui concerne les
réunions des comités d'entreprises européens
(les délégués français étant
parfois les seuls autour de la table à ne pas pouvoir
s'exprimer en anglais, ce qui limite leurs échanges avec les
délégations venues d'autres pays). Il convient
également de tenir compte de la nécessité pour
la DRH de mobiliser du personnel qualifié afin de
réunir les documents légalement exigés par les
représentants du personnel, qu'ils soient ensuite ou non
exploités, ainsi que le coût jugé parfois
exorbitant, quoique d'une utilité discutable, des rapports
d'experts diligentés, dans certaines circonstances, à
l'initiative du CE ou du CHSCT.
Tout ceci, estiment nombre de DRH, serait un moindre mal si la
représentation du personnel était réellement
utile. Or, nombre d'entre eux, au moins dans les grandes
entreprises, estiment que ce n'est pas le cas. Et de faire observer
que c'est la Direction, soucieuse de recruter et de conserver
ensuite les meilleurs, qui est à l'origine de la plupart des
avantages sociaux dont bénéficient aujourd'hui les
salariés, qu'ils aient ou non été
négociés. L'image du courageux militant
défendant les salariés exploités contre la
rapacité de la Direction relèverait ainsi largement
du mythe. En outre, observent les DRH, les enquêtes d'opinion
et les audits de climat social, qui tendent à se
généraliser dans les grandes entreprises, sont
aujourd'hui d'une fiabilité incomparable par rapport
à ce que peuvent remonter les
délégués du personnel, dont les questions sont
souvent jugées incongrues ou anecdotiques.
Ce bilan négatif, enfin, nécessite de prendre en
compte la capacité d'obstruction à laquelle se limite
parfois le rôle des IRP face à la
nécessité, pour l'entreprise, de s'adapter avec
rapidité aux exigences de son environnement, et notamment de
son environnement international. On se souviendra par exemple que
la fusion entre AXA et l'UAP, voici quelques années, avait
failli être compromise par les actions en justice
répétées à l'initiative d'un
délégué syndical très minoritaire mais
déterminé à faire échouer
l'opération ; face à de telles manoeuvres,
l'entreprise doit alors mobiliser des cadres dirigeants de haut
niveau et une armée de conseils juridiques qui
représentent un coût élevé.
Mais surtout, de telles actions d'obstruction ont un coût
beaucoup plus élevé, quoique difficile à
calculer, en ce sens qu'elles retardent ou rendent incertaines la
mise en œuvre de décisions stratégiques
jugées utiles , voire indispensables, mais dont la
portée semble échapper aux représentants du
personnel qui entendent s'y opposer. Cette capacité
d'obstruction ne concerne pas seulement les plans de
restructuration (la suppression d'emplois pouvant à la
limite les justifier), mais également les changements de
statut (passage du public au privé, s'agissant d'EDF-GDF) ou
les fusions (fusions entre le GDF et le Groupe Suez, par
exemple).
Dialogue social :
indispensable, mais à condition de se fonder sur des
règles du jeu différentes
De tels retards et une telle incertitude en ce qui concerne les
délais de consultation représentent, aux yeux de
nombreux dirigeants, un handicap certain pour les entreprises
françaises. L'économiste Thomas Philippon a ainsi
estimé à une perte de 1,5% de point de croissance par
an les conséquences de relations sociales
détériorées. Et donc, pour les DRH, il ne faut
pas se tromper quand les entreprises affirment qu'elles souhaitent
plus de flexibilité ; il ne s'agit pas, ou il ne s'agit pas
seulement, de la question des modalités de rupture du
contrat de travail, qui se trouvent aujourd'hui fortement mises en
avant, que ce soit pour les défendre ou pour s'y opposer,
mais des modalités de fonctionnement des instances de
représentation du personnel. Celles-ci sont aujourd'hui
fréquemment devenues le refuge de salariés qui ne
sont pas considérés comme les meilleurs, que ce soit
par la hiérarchie ou par leurs collègues de travail.
Et la question est donc de mettre fin à cette dérive,
que favorise aujourd'hui leur encadrement institutionnel, en
facilitant la relève syndicale dans le sens d'une
amélioration de sa qualité.
Les entreprises peuvent agir en ce sens (c'est l'objet d'un
certain nombre d'accords récemment conclus sur les
modalités de fonctionnement des instances de
représentation du personnel), les organisations syndicales
également, mais ce qui est en cause, c'est également
le cadre institutionnel. Comment promouvoir une
représentation du personnel qui soit à la fois plus
compétente et plus réellement représentative,
et faire en sorte qu'elle attire les meilleurs ? Cette
question, aux yeux des DRH, est absolument centrale, dans les
discussions en cours sur la représentativité
syndicale et le financement des organisations syndicales. A leurs
yeux, les objectifs à atteindre pourraient être les
suivants :
Reste un sujet d'inquiétude pour les DRH : il n'est pas
certain, à leurs yeux, que le législateur ait
réellement conscience de ces enjeux. Certains d'entre eux se
demandent également si tous les dirigeants du MEDEF en sont
eux-mêmes conscients.
Hubert Landier
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