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Groupe Management social -
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Cette réforme s'appuie sur un constat : le
dispositif actuel favorise l'émiettement syndical et
décourage, venant de certains syndicats, la recherche de
solutions de compromis. Il s'agit donc de limiter le recours
que constitue l'État, de renforcer la
légitimité des négociateurs syndicaux en la
fondant sur leurs résultats électoraux et de
favoriser, au niveau des entreprises, les solutions innovantes par
rapport à certaines dispositions légales ou
contractuelles, telles que celles-ci ont été
négociées au niveau interprofessionnel ou à
celui de la branche d'activité.
Bien évidemment, pareille réforme suscite des
interrogations, met en cause des intérêts, bouscule
des positions acquises, décourage certaines pratiques de
facilité, et elle suscite donc des réactions
d'opposition, au demeurant largement contradictoires.
D'où la recherche par François Fillon
d'une formule équilibrée face aux
différents points de vue qui se sont exprimés devant
lui ; reste à savoir si un tel compromis n'est pas de
nature à remettre en cause les effets attendus de la
réforme.
Le constat : une décomposition progressive de notre
système de relations sociales
La tendance à une décomposition de notre
système de relations sociales se manifeste de la
façon suivante :
Il s'agit là d'un cadre institutionnel
très particulier à la France et dont les
conséquences sont les suivantes :
Il en va bien entendu différemment à
l'étranger, et notamment dans les pays où
l'on constate le taux de syndicalisation le plus
élevé. Si par exemple, en Belgique, les syndicats
rassemblent une large majorité d'adhérents
parmi les salariés, c'est notamment parce qu'ils
assurent la gestion du versement des indemnités de
chômage. Imaginons qu'en France, le
bénéfice des avantages résultant d'un
accord soit réservé aux seuls adhérents
(à jour de leurs cotisations) des organisations syndicales
signataires, il va de soi que le paysage syndical serait tout
différent de ce qu'il est aujourd'hui. Les
réalités sociales et syndicales sont donc très
liées à leur cadre institutionnel. D'où
le projet d'une réforme visant à renforcer
l'activité contractuelle et à mettre un terme
au processus de décomposition du syndicalisme en France de
façon à ce que les entreprises puissent disposer
d'interlocuteurs plus aptes à s'engager au nom
de la collectivité des salariés.
La portée du projet : c'est l'avenir des
relations sociales qui est en jeu
Le Ministre du Travail, François Fillon, est ainsi
conscient de ce que notre système de négociations
collectives est à bout de souffle : les
organisations syndicales, dites représentatives, le sont de
moins en moins réellement, les interlocuteurs sociaux ont
donc peu d'autorité, les rapports sociaux demeurent
souvent dominés par une logique d'affrontement et,
compte tenu des insuffisances de la politique contractuelle, telle
qu'elle est pratiquée, le législateur est trop
souvent amené à intervenir directement, ce qui
conduit à une surcharge pondérale du Code du
Travail.
Cette situation résulte d'abord de comportements
profondément ancrés dans notre histoire sociale et
qui tendent à privilégier l'affrontement par
rapport à la recherche de compromis, la méfiance
réciproque par rapport au partenariat ; mais elle
résulte également du caractère devenu
inadapté du cadre institutionnel dans lequel se meuvent les
interlocuteurs sociaux : les employeurs et leurs
représentants d'une part, les syndicats de
salariés d'autre part. D'où un projet de
réforme dont les objectifs sont au nombre de trois :
La logique du dispositif : un projet qui se veut
équilibré
Le projet Fillon, tel qu'il a été soumis au
Parlement, reprend en partie les dispositions prévues par la
Position commune sur les voies et moyens de
l'approfondissement de la négociation collective
signée en juillet 2001 par le Patronat avec FO, la
CFTC, la CFE-CGC, puis la CFDT. Il consiste en une sorte de troc :
Telle est l'architecture des dispositions concrètes
dont les lecteurs de ces lignes auront pu, par ailleurs, prendre
connaissance. Le problème, c'est qu'elle se
heurte, venant des uns et des autres, à toutes sortes
d'arrière-pensées, et que celles-ci, au fur et
à mesure que les intentions du ministre se seront
précisées, en seront venues à être de
plus en plus encombrantes, au point de conduire François
Fillon à des compromis dont il n'est pas certain
qu'ils soient de nature à donner de la vigueur
à son projet.
Derrière les principes : le poids des
arrière-pensées
Elles sont nombreuses, peu volontiers exprimées comme
telles, et entrent bien entendu en contradiction les unes avec les
autres :
L'enjeu pour les entreprises : recherche du compromis ou
radicalisation des rapports sociaux ?
Cette réforme du cadre institutionnel de la
négociation collective intervient au moment où les
entreprises françaises oscillent entre deux modèles
de management.
Le premier est implicitement celui de la plupart des DRH,
lesquels sont confrontés à la fois aux prescriptions
légales spécifiques à la France et à la
présence d'interlocuteurs sociaux parfois peu enclins
à comprendre leurs contraintes. Il s'agit donc pour
eux, en permanence, de rechercher un compromis tenant compte,
d'une part des objectifs économiques de
l'entreprise et des conditions de son efficacité,
d'autre part de l'espoir de progrès
social dont sont porteurs les
délégués. Cette recherche de compromis suppose
la présence d'interlocuteurs capables de
s'engager sur des textes réalistes, tenant compte de
la diversité des intérêts en présence.
Une telle politique, en revanche, se trouve pénalisée
par la faiblesse des interlocuteurs syndicaux et par la
présence parmi eux de militants jusqu'au-boutistes ou
bloqués dans une attitude de contestation globale du
système ; elle l'est également par le
comportement de certains managers pour lesquels le social
est secondaire par rapport à leurs objectifs
opérationnels et se réduit à une
désagréable contrainte.
Le second modèle est d'origine anglo-saxonne et
intègre l'animosité, latente ou
déclarée, à l'égard du
syndicalisme, telle qu'on peut la constater parmi de nombreux
managers qui se font une image entièrement négative
de leurs interlocuteurs syndicaux. Il valorise les objectifs
opérationnels, la finalité économique de
l'entreprise et ses contraintes financières au
détriment du social, jugé secondaire.
Dans cette perspective, il s'agit pour l'entreprise de
respecter les dispositions légales et contractuelles, ni
plus ni moins, et de réduire autant que possible
l'influence de syndicats dont la présence et
l'action sont réputées a priori nuisibles.
L'inconvénient de ce second modèle, qui est
celui dont s'inspirent explicitement ou implicitement nombre
de comités de direction, est triple :
L'impact d'une modification du cadre institutionnel
 : les effets possibles de la Loi Fillon
Ce sont ces considérations qui motivent le projet de loi
présenté par François Fillon ; il s'agit
pour celui-ci d'améliorer le cadre institutionnel de
la politique contractuelle en provoquant les conditions d'une
recomposition de l'échiquier syndical et d'une
extension du champ de la politique contractuelle ; dans cette
perspective :
L'avenir de la réforme engagée : les deux
scénarios concevables
Si la future loi sur la négociation collective peut
être de nature à transformer profondément
l'échiquier syndical et la pratique des relations
sociales, son avenir n'est donc nullement assuré ;
certains, parmi les acteurs sociaux, s'emploieront en effet
à la torpiller, compte tenu des corrections que leurs
représentants auront pu faire adopter par rapport au
schéma initial. Deux scénarios paraissent ainsi
concevables :
1 le scénario du statu quo :
FO, la CFTC, la CFE-CGC et
une partie importante du patronat ne veulent pas entendre parler
des accords majoritaires ; c'est cette opposition qui avait
motivé la signature de la position commune
du 5 juillet 2001 par les organisations patronales d'une
part, FO, la CFTC et la CFE-CGC de l'autre ; en effet, la
nécessité, en vue de l'adoption du principe
majoritaire dans les accords d'entreprises, d'un accord
de branche impliquant que la majorité des organisations
représentatives (quelle que soit leur influence aux
élections professionnelles) ne fassent pas usage de leur
droit d'opposition, représentait un verrou susceptible
d'en interdire la mise en oeuvre ; c'est parce
qu'elle espérait que ce verrou ne serait pas
absolument efficace (et pour des raisons tactiques) que la CFDT, le
16 juillet, s'était finalement ralliée à
l'accord.
Deux ans plus tard, il est absolument hors de doute que nombre
de branches professionnelles feront obstruction à
l'application du principe de l'accord majoritaire ;
pour beaucoup de négociateurs patronaux, il est plus facile
de continuer à faire affaire avec leurs interlocuteurs
habituels de Force Ouvrière, de la CFTC et de la CFE-CGC,
même peu influents, que de rechercher le compromis avec la
CFDT, et surtout avec la CGT, même majoritaires ; et les
trois organisations minoritaires, naturellement opposées
à l'application du principe majoritaire, feront
barrage, comme la loi leur en donnera les moyens.
Ce qui risque ainsi de prévaloir selon ce premier
scénario, c'est le statu quo. L'absence
d'opposition constituera la règle
générale, en l'absence d'un accord de
branche en faveur des accords majoritaires. Les pratiques actuelles
se poursuivront sans grands changements et il est permis de penser
que la faiblesse de l'activité contractuelle qui en
résultera, notamment au niveau des branches
d'activité, conduira le législateur à
continuer d'agir de son propre chef en l'absence
d'une attitude pro-active venant des interlocuteurs
sociaux.
2 le scénario du changement,
qui mettrait la
Loi Fillon à un même niveau
d'importance que la loi reconnaissant l'existence des
syndicats (1884), que celle sur les conventions collectives (1919)
ou que la reconnaissance de la section syndicale d'entreprise
(1968), impliquerait la conjonction d'un certain nombre de
tendances :
Tel est évidemment l'effet recherché :
modifier les pratiques syndicales et développer la
négociation collective par une modification de leur cadre
institutionnel. Cette intention risque toutefois de se heurter aux
conservatismes, aux calculs à court terme, au poids des
habitudes et à l'ampleur des préjugés.
Il n'est donc pas certain que ce second scénario soit
le plus probable. De ce point de vue, le principal défaut du
projet Fillon est d'offrir d'énormes
échappatoires à tous ceux qui, pour une raison ou
pour une autre, feront en sorte que rien ne change.
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