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Groupe Management social -
71 rue du Faubourg St. Antoine -
75011 Paris -
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Se développer, c'est partir à la découverte
de nouveaux horizons. Cela suppose d'adopter la démarche de
l'explorateur. Or, l'explorateur est d'abord celui qui accepte de
s'arracher au confort des réalités qui lui sont
familières, d'avancer en tâtonnant, de prendre le
risque de se fourvoyer, puis de se laisser surprendre par des
réalités nouvelles dont il ne soupçonnait pas
l'existence et qui désormais feront partie de
lui-même. Cela suppose de briser l'enfermement, celui que
tisse autour de nous le confort des idées reçues et
de la routine. Cela suppose d'accepter le
démantèlement de ces barrières que nous nous
créons afin de rendre l'inconnu supportable. Briser
l'enfermement, cela passe nécessairement par une rupture,
c'est laisser là ce qui était familier, rassurant, et
partir à l'aventure.
On ne part pas en exploration sans précautions : cartes,
boussole, réserves ou moyens de communication, quitte
à ce qu'ils se révèlent inadaptés ou
insuffisants. Il faut savoir aussi se laisser guider, mesurer sa
confiance, emprunter les détours, accepter l'imprévu.
Il faut se préparer et se faire aider. Mais l'exploration
procède d'abord d'un désir : il y a cet horizon que
l'on devine et dont on voudrait savoir ce qu'il dissimule. C'est
pourquoi tous les dispositifs destinés à assurer le
développement personnel du dirigeant seront de nulle
efficacité à défaut d'une démarche
nécessairement personnelle et qui mobilise ses ressources
les plus intimes.
Briser l'enfermement professionnel
L'enfermement, c'est d'abord un enfermement professionnel. Nous
sommes, à tout moment de notre existence, menacés par
la routine. Nous nous attachons à répéter ce
que nous avons déjà fait, bien ou mal, et c'est
là quelque chose de rassurant. Nous nous sentons en
sécurité dans ce qui a déjà eu lieu, et
qui ne réserve par conséquent à nos yeux
aucune mauvaise surprise. Nous nous barricadons dans ce que nous
savons déjà, ou croyons déjà savoir.
Ainsi voulons-nous ignorer ce qui se trouverait au-delà, et
qui nous obligerait à nous remettre en cause, à
bouleverser peut-être nos certitudes, à modifier nos
comportements. Or, briser l'enfermement, c'est repousser les
limites, celles qui nous sont imposées et celles que nous
nous imposons à nous-mêmes.
Dépasser les limites de la compétence
professionnelle
C'est un excellent directeur d'usine ; à 35 ans, il a
fait ses preuves ; il maîtrise parfaitement les
problèmes techniques, la gestion des flux de production, la
qualité, la gestion des ressources humaines. Il pourrait
rester cet excellent directeur d'usine, peut-être dans une
unité un peu plus grosse, un peu plus difficile. Mais voici
qu'il a été pressenti pour aller diriger la filiale
de Singapour. Pour lui, c'est assurément une promotion, mais
c'est aussi un risque : il n'est pas assuré de
réussir dans sa nouvelle mission, il n'est pas certain que
sa famille parvienne à s'acclimater à ce nouvel
environnement.
La décision, c'est clair, lui appartient. C'est un choix
qui porte sur l'image qu'il se fait de son avenir professionnel et
de son existence. Il peut avoir d'excellentes raisons de refuser.
Mais s'il accepte, il va lui falloir acquérir ou mettre
à niveau un certain nombre de compétences qu'il n'a
pas eu l'occasion de développer dans les fonctions qu'il
occupait jusqu'à présent. Il va lui falloir
s'initier, par exemple, aux règles de la gestion
financière, du marketing, du commerce international. Il lui
faut, autrement dit, se préparer, en termes de connaissances
et de compétences, à cette nouvelle aventure dans
laquelle il va s'engager.
Dépasser les limites comportementales
C'est un excellent ingénieur d'étude et il a
apporté, en tant qu'expert, une contribution
appréciée à de nombreux projets ; il pourrait
se maintenir à niveau et rester cet expert reconnu dans son
entreprise et même au-delà ; les jeunes arrivant, il
assure peu à peu, lui l'ancien, un rôle de coach. Mais
voilà qu'il a été pressenti pour prendre en
charge un département du bureau d'études ; pour lui,
c'est une perspective d'évolution intéressante ; le
problème, c'est qu'il ne s'est jamais mesuré avec les
problèmes humains qu'il risque de rencontrer ; son univers,
c'est celui de la technique ; certes, il lui faudra, s'il accepte,
se maintenir au courant ; mais surtout, il lui faudra animer une
équipe ; et là, il ignore s'il saura faire.
S'il accepte, c'est qu'il a sans doute quelque
prédisposition. Il garde un bon souvenir de son passage chez
les scouts. Il n'en reste pas moins qu'il va lui falloir apprendre
l'essentiel du management d'une équipe. Laissé
à lui-même, il ne pourra que se référer
aux schémas anciens dont il a hérité, qui
relèvent pour lui de l'évidence, sans se souvenir
exactement de leur origine (un vieil oncle, ancien officier dans la
Légion étrangère et qui racontait ses
aventures à la table familiale quand il avait 10 ans) ; il
risque donc de commettre (ou de reproduire) un certain nombre
d'erreurs.
Certes, il ne les évitera jamais totalement.
L'entreprise, pourtant, peut l'aider fortement à surmonter
les difficultés auxquelles il va être confronté
en lui apportant un soutien. Il va lui falloir apprendre les
règles du management humain. Mais il ne s'agit pas seulement
de connaissances ; ce qui est en cause, c'est aussi son
comportement ; en tant que chercheur, son comportement était
plutôt celui d'un introverti ; il va lui falloir animer
l'équipe, susciter une dynamique collective, organiser ses
rapports avec les délégués du personnel, faire
face aux ambitions de l'un et au découragement de l'autre.
Il lui faut apprendre à briser l'enfermement que
représente sa timidité ou le caractère
insatisfaisant de son rapport aux autres ; c'est, pour lui, prendre
le risque d'être différent de ce qu'il était ou
croyait être.
Dépasser les limites culturelles
C'est un bon directeur d'exploitation. Sans doute est-ce la
raison pour laquelle il lui a été proposé de
prendre en charge la filiale gabonaise. L'aventure le tente ; il ne
connaît pas l'Afrique mais il en garde les images fortes
gardées de la visite, lorsqu'il avait 11 ans, du
Musée de la France d'outre-mer. La perspective de l'aventure
se double pour lui d'une perspective humaniste : il ne s'agira pas
seulement pour lui d'assurer la prospérité des
affaires de l'entreprise, mais de participer au
développement du tiers-monde. C'est pourquoi, des images
plein la tête, il accepte avec enthousiasme.
Laissé à lui-même, ce qui le guette, c'est
le rapatriement sanitaire au bout de six mois. Trop soucieux de se
faire admettre, trop compréhensif, il s'est laissé
gagner par le laxisme local ; trop humaniste, trop
généreux, il s'est laissé abuser. A moins que
ce ne soit l'inverse : il n'a pas réussi à imposer
les pratiques rigoureuses qui lui semblaient seules acceptables.
Quoi qu'il en soit, il n'a pas réussi l'épreuve des
relations interculturelles. Là encore (que ce soit à
l'occasion d'une expatriation en Afrique ou en Asie), l'entreprise
aurait pu l'aider : comprendre le sens des mots, connaître
les usages à respecter, apprendre à se comprendre
au-delà de la diversité des cultures.
Là encore, pourtant, cela suppose une démarche
personnelle. Il y faut la curiosité d'esprit qui pousse
à comprendre ce qui se situe au-delà des mots,
à s'immerger dans un autre univers de symboles tout en
restant soi-même, à deviner ce qu'il y a
d'universellement humain à travers la diversité des
us et coutumes, à rechercher le compromis qui permettra de
travailler avec des collaborateurs pour lesquels les rapports
humains se conçoivent différemment.
Briser l'enfermement personnel
Il y a différentes formes d'enfermement. Et tout d'abord,
l'enfermement dans des habitudes. L'habitude a quelque chose de
confortable ; l'on s'y sent chez soi ; quand on lui prête une
signification, elle se transforme en rituel ; le rituel est une
voie d'accès au sacré ; il institue un certain ordre
des choses. Transgresser le rituel, rompre avec l'habitude,
représente une rupture par rapport à un ordre qui se
voulait harmonieux ; c'est déjà, en
deçà ou au-delà, se situer ailleurs ; c'est
admettre implicitement que l'on puisse se comporter autrement,
qu'il y ait d'autres mondes possibles. Transgresser l'habitude,
lorsqu'elle est partagée par une collectivité, c'est
s'exclure du cercle des gens fréquentables. Si la
transgression est grave, dans les sociétés
fondées sur le partage du sacré, le coupable fait
l'objet d'une exclusion, d'une excommunication. Dans les
sociétés laïcisées, elle conduit à
une simple réaction de rejet : il ne fait plus partie des
nôtres. Le mécanisme du bouc émissaire peut
alors se mettre en route.
C'est que, au-delà de l'habitude, l'enfermement est aussi
celui dans un corpus de certitudes. Individuellement et
collectivement, nous nous efforçons de comprendre le monde ;
comprendre le monde, cela revient à nous créer un
système de repérage, une taxinomie et un
système de valeurs auxquels nous nous efforçons de
donner un maximum de cohérence. Du chaos nous faisons un
monde intelligible au regard des normes qui sont les nôtres.
Ce monde qu'il s'est construit constitue véritablement le
territoire de chacun d'entre nous. Dès lors, ce qui
dérange nos certitudes a pour effet de nous troubler : c'est
peut-être l'ensemble de nos repères, de proche en
proche, qui se trouveront bouleversés. Cela peut
représenter un effort inaccessible, comme le montre
l'exemple de ces vieux communistes qui avaient bien compris que la
prédiction marxiste ne conduisait pas à l'effet
prévu, que le communisme réel représentait bel
et bien un enfer, mais qui jamais n'acceptèrent de renoncer
aux certitudes autour desquelles ils avaient bâti leur
existence.
Ainsi, briser l'enfermement, c'est refuser de se laisser
enfermer par la force de l'habitude, mais surtout, c'est accepter
de se situer au-delà du cercle des certitudes qui assuraient
notre sécurité intime. Prendre le risque d'aller
découvrir ce qui se situe au-delà. Quitter les feux
rassurants du village et s'enfoncer dans la forêt sombre
peuplée d'esprits inconnus, desquels le sorcier sait
pourtant qu'il tire son énergie et son pouvoir. Pour ce
voyage initiatique, il n'est pas de voie commodément
balisée ; chacun de nous devra inventer son propre chemin,
à partir de ce qu'il est, à partir de ce qu'il porte
en lui en héritage.
Le Père Noël n'existe pas
Chacun de nous est d'abord le fruit d'un héritage.
Héritage d'un tissu familial et de la somme des certitudes,
des convenances et des non-dits qu'il véhicule et transmet
d'une génération à l'autre. Héritage,
plus largement, d'une culture porteuse d'une histoire, de sens, de
symboles et de rites. Tel est le milieu qui nous permet de
construire notre moi. Nous ne pourrions pas vivre si l'on ne nous
avait enseigné le bien et le mal, le beau et le laid,
l'important de l'insignifiant.
Ne serait-ce que pour nous y opposer. Ne serait-ce que pour
aller au-delà. Car, à défaut d'être
revisitées moyennant une démarche qui ne peut
être que personnelle, les certitudes héritées
deviennent vite un lieu d'enfermement dont il nous faut
impérativement nous extraire pour simplement exister. Nous
grandissons parce que nous sommes capables, un beau jour, et bien
que cela soit dur à accepter, d'admettre que le Père
Noël n'existe pas ; nous éprouvons alors le vif
sentiment d'un désenchantement du monde ; nous
découvrons avec horreur et stupéfaction que l'on nous
avait menti. Mesurons bien qu'il ne s'agit pas là d'un
enfantillage mais de notre premier accès, peut-être,
à l'âge adulte ; or, pour ce deuil accepté,
combien de Pères Noël, quel que soit le nom qu'on leur
donne, auxquels nous continuons de croire durant notre existence
entière ? Ce que la tradition judaïque appelait les
idoles.
Nous créons nos propres Pères Noël
Tout enfant, nous tenions beaucoup à notre ours en
peluche. Puis nous l'avons rejeté, voyant enfin ce qu'il
était : un vieil objet de crin tout sale et tout
déchiré. Sommes-nous devenus adultes pour autant ?
Cela supposerait que nous ayons renoncé à tous nos
ours en peluche, à tous nos Pères Noël et
à toutes les idoles que nous nous sommes construites. Plus
sérieusement, il s'agit de certitudes que nous nous sommes
imposées. Hors de l'Eglise point de salut, dit l'un ;
l'avenir nous conduit nécessairement au communisme, affirme
l'autre ; tous les Crétois sont des menteurs, affirme un
troisième ; nous devons en finir avec les rigidités
de l'Etat-providence, affirme un autre. Autant d'affirmations
auxquelles nous tenons, parce qu'elles nous servent de
repères dans notre action. Sans doute ont-elles eu, dans la
façon de gouverner notre existence, leur part
d'efficacité ; le problème, c'est que le monde change
; ce qui était efficace hier ne l'est peut-être plus
aujourd'hui. Reste donc à déterminer ceux des
repères qu'il nous faut maintenir et ceux dont il nous faut
nous débarrasser pour continuer d'avancer sur notre
chemin.
Se refuser à une telle démarche, c'est sombrer
dans l'intégrisme, quelle qu'en soit l'apparence. Il nous
faut, en permanence, nous défaire de croyances qui furent
nôtres mais auxquelles il nous est devenu impossible
d'adhérer, sauf renoncement à ce qui nous fait
être nous-mêmes.
Croyances secondaires ou croyances structurantes, il nous faut y
renoncer. Ce qui nous semblait évident cesse de
l'être. Une vérité nouvelle s'impose à
nos yeux. Nous avons brisé l'enfermement. Une telle
transformation ne se produit pas inopinément. L'on y
était préparé, puis, au terme d'une longue
gestation, survient l'évènement décisif qui
nous conduit à franchir le pas. Suit une période
inévitable de deuil ; ce n'est pas facile de s'arracher
à ce qui, jusqu'à présent, nous importait ; et
pourtant, tout retour en arrière est inutile ; jamais on ne
croira plus au Père Noël ; tous ne nous suivront pas
dans cette démarche ; des reproches nous seront faits ;
beaucoup nous manifesteront leur incompréhension.
Nous nous serons avancés dans de nouveaux territoires ;
de nouveaux paysages s'offrent à nous, sans doute plus
vastes, qui nous donnent, du monde et de nous-mêmes, une
perspective élargie. Notre expérience s'est enrichie
; nous avons le sentiment d'être un peu plus
nous-mêmes, c'est-à-dire d'avoir découvert un
peu de cette part obscure de nousmêmes dont nous ne
soupçonnions pas l'existence.
Aider le manager à franchir le pas
Une telle démarche ne peut être que
profondément personnelle. Il y faut d'abord le désir
d'aller plus loin, de sortir de ce qui constituait jusque-là
notre horizon. Dans cette démarche exploratoire, il est bon
de trouver auprès de qui s'approvisionner en cartes et
réserves. Il est bon de recevoir les conseils d'autres
explorateurs plus avancés, quoique sur des pistes
nécessairement différentes. Il est bon, enfin, de se
faire accompagner : telle est la raison d'être du
coaching.
On l'aura compris : le manager demeure nécessairement le
maître de son développement personnel ; son
évolution professionnelle n'est que la manifestation de
choix personnels qui jamais ne seront évoqués dans
l'entreprise. Il n'en reste pas moins que le contexte dans lequel
ils s'inscrivent est de nature à encourager ou à
décourager les choix personnels. Certaines civilisations
s'en prennent volontiers au clou qui dépasse ; d'autres
encouragent la créativité, à condition
toutefois qu'elle n'enfreigne pas certains tabous. Et donc la
question se pose-t-elle pour l'entreprise : encourage-t-elle
l'évolution professionnelle des managers ? Par quels moyens
? Dans quelles limites ? Pratiquement, n'y met-elle pas des freins,
les encourageant ainsi à poursuivre ailleurs leur
carrière professionnelle ?
Evoluer, professionnellement, cela suppose de pouvoir
accéder à certaines compétences qui seront
nécessaires à l'intéressé dans les
missions nouvelles qui lui seront confiées. Mais ce n'est
pas tout. Encore faut-il avoir envie d'évoluer. Cela suppose
que cela ait du sens. Ainsi l'entreprise, afin de promouvoir le
développement personnel de ceux et celles sur lesquels
repose son dynamisme et son avenir, doit-elle être porteuse
de sens.
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