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Groupe Management social -
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Le syndicat, précise la Loi de 1884 qui l'institue, a
pour objet la représentation et la défense des
intérêts matériels et moraux des travailleurs
salariés. Qu'il soit délégué syndical,
chargé d'une fonction au sein du syndicat ou élu dans
l'une ou l'autre des institutions représentatives du
personnel (délégués du personnel, membres du
comité d'entreprise, etc.), le militant représente
théoriquement l'élite de ceux au nom desquels il
s'exprime. Les textes fondateurs du syndicalisme le
présentent comme un travailleur irréprochable,
reconnu sur le plan professionnel, animé par des
qualités morales qui le rendent digne de la confiance de ses
mandants.
La réalité, en fait, est plus complexe, et les
motivations qui animent le militant échappent à toute
hagiographie comme à toute forme de diabolisation. Ainsi que
pour toute réalité humaine, le meilleur y voisine
avec le pire. Ce qui, par contre, apparaît très
clairement, c'est que ces motivations sont largement fonction du
contexte culturel, institutionnel et relationnel dans lequel se
situe l'engagement du militant.
D'où le problème tel qu'il se pose aujourd'hui en
France : quelles sont les motivations que tend à
privilégier ce contexte, tel qu'il a évolué
depuis le lendemain de la Deuxième guerre mondiale ? Et
comment prévoir ce que seront demain les fondements du
leadership syndical ?
Sur quelles motivations repose le militantisme syndical ?
Le militant offre de lui-même des images
contrastées. Aux yeux des uns, il évoque la
générosité et le courage. D'autres au
contraire l'accablent des pires défauts et des intentions
les moins avouables. Il convient bien entendu de se méfier
de ces jugements de valeurs à l'emporte-pièce. D'une
relation difficile avec lui, le patron ou le manager retirent
fréquemment une impression négative, qu'ils tendent
ensuite à étendre à tous les syndicalistes en
général, ou à tous les représentants de
telle ou telle tendance. Bien entendu, les choses sont un peu plus
compliquées que les stéréotypes qui, encore
aujourd'hui, tiennent souvent lieu d'explication de ce qu'a
été le comportement de l'intéressé dans
telle ou telle circonstance difficiles.
On notera d'abord que les qualités et les défauts
propres à la personne tendent de plus en plus à
l'emporter sur le comportement que suggérerait a priori son
appartenance à telle ou telle organisation. L'on assiste en
effet à une sorte de banalisation des enseignes syndicales
qui s'explique par le déclin des idéologies et des
doctrines qui justifiaient le pluralisme syndical et par la baisse
d'influence des mouvements de jeunesse où le futur
syndicaliste allait acquérir la vision du monde qui allait
très logiquement l'entraîner, selon les cas, vers la
Cgt ou vers la Cfdt. Et donc, l'image du militant Cgt
arc-bouté dans ses principes marxistes ou du militant
d'origine chrétienne soucieux de promouvoir le bien commun a
donc cessé d'aller de soi.
Ensuite, le comportement du militant évolue
nécessairement avec l'âge. L'intransigeance de la
jeunesse laisse souvent place avec le temps et l'expérience
à un comportement plus mesuré ; il arrive aussi que
les nobles intentions qui l'avaient poussé à
s'engager laissent place à une attitude tissée de
désillusions, voire à une certaine amertume. Selon
qu'il vient d'entrer dans ses fonctions ou qu'il a
l'expérience de situations auxquelles il est amené
à faire face, son comportement sera tout différent ;
les criailleries d'un jeune délégué peuvent
dissimuler ses difficultés ou son désarroi ;
l'apparence débonnaire d'un vieux militant peut se conjuguer
au contraire avec beaucoup d'efficacité dans la
démarche qui l'anime.
L'exercice d'un mandat syndical ou d'un mandat de
représentation du personnel suppose en effet un certain
nombre de compétences : il faut connaître au moins un
peu le droit du travail et les textes contractuels applicables dans
l'entreprise, détecter les préoccupations du
personnel, mesurer ce qu'il serait ou non possible d'obtenir,
savoir ce que l'on peut attendre de ses interlocuteurs, se
créer un réseau relationnel, s'exprimer en public,
rédiger des tracts, négocier efficacement, etc. Cela
s'apprend avec l'expérience et par le moyen des programmes
de formation dispensés par les organisations syndicales.
Plus encore qu'une affaire de compétences, le
militantisme, toutefois, est d'abord une affaire de motivations. Si
un salarié, au lieu de se contenter de faire son travail,
se lève afin de s'exprimer au nom de ses camarades,
d'occuper une fonction de représentation et de faire avancer
divers dossiers relatifs aux conditions d'emploi, c'est qu'il
éprouve un besoin de le faire. Quelles sont donc les raisons
qui l'animent ? Il faut distinguer, en réponse à
cette question, celles qui correspondent à l'image qu'il
cherche à donner de lui-même, celles qu'il se donne
à luimême et celles que suggèrent à la
fois son histoire personnelle, l'analyse de son comportement et
celle du contexte dans lequel se situe son action. Et cette analyse
suggère toute une série de motivations possibles, de
la plus noble à la plus triviale.
D'une façon très schématique, l'engagement
du militant s'explique ainsi par sept ressorts essentiels :
Ces différentes motivations, bien entendu, peuvent se
combiner, et il est clair qu'elles évoluent avec le temps.
Par ailleurs, la fréquence avec laquelle on les rencontre
est fortement liée au contexte institutionnel et relationnel
dans lequel se situe l'action du militant.
Les motivations dominantes et le contexte institutionnel et
relationnel de l'action du militant
L'attitude des syndicalistes, en France, a été
profondément marquée par les circonstances de notre
histoire sociale. Plus longtemps que dans les autres pays
européens, le syndicalisme, en effet, a été
maintenu à la marge. La Loi Le Chapelier (1791) interdisait,
au moins théoriquement, la constitution de corps
intermédiaires susceptibles de faire écran entre
l'Etat et le citoyen. Pendant longtemps, les syndicats ont donc
été tout juste tolérés, et
fréquemment pourchassés, dès lors qu'ils
provoquaient, par des mouvements de grève, des troubles de
l'ordre public. A défaut d'un cadre juridique pour la
négociation, c'est la confrontation qui l'a donc le plus
souvent emporté, et il en résulte que la
mémoire ouvrière est remplie de grèves qui se
sont terminées par des affrontements avec la police.
Ce contexte a conduit à la promotion d'un certain type de
militantisme. Le syndicaliste était avant tout un
révolté. Et à défaut d'être
reconnu par les patrons et par les pouvoirs publics comme un
intermédiaire légitime, il en est souvent venu
à imaginer une autre société qui
reconnaîtrait enfin la légitimité de son
action. D'où le succès, plus qu'ailleurs, des utopies
révolutionnaires - anarchisme et socialismes. D'où
également un vocabulaire guerrier qui s'est souvent maintenu
en dehors de toute visée idéologique
réellement construite : l'action syndicale est une lutte
en vue de conquêtes sociales.
Par ailleurs, bien que la Loi, en 1884, ait donné une
existence légale au syndicat, ce n'est pas pour autant que
les patrons ont accepté sa présence dans
l'entreprise. Il a fallu attendre 1968 et la reconnaissance de la
section syndicale d'entreprise pour qu'il puisse enfin s'y imposer.
Ainsi notre histoire sociale s'est-elle construite sur un tragique
cercle vicieux : plus les militants faisaient l'objet, venant des
dirigeants d'entreprises, de réactions de rejet, plus ils se
montraient agressifs, mais plus ils se montraient agressifs, plus
ils faisaient l'objet de réactions de rejet. La chasse aux
sorcières fait ainsi partie, depuis un siècle et
demi, des reproches les plus constamment adressés par les
syndicats aux employeurs. Et l'on ne saurait affirmer, dans
certaines entreprises, qu'elle ait réellement pris fin.
D'où l'appel à la Loi. Dans la mesure où
ils ne parvenaient pas à s'imposer par eux-mêmes, les
syndicats se sont tournés vers l'Etat afin qu'il leur
accorde des droits assurant leur présence effective dans
l'entreprise ainsi qu'une protection de leurs représentants
contre les effets de la chasse aux sorcières,
réelle ou supposée. Les gouvernements successifs ont
donc cherché à renforcer la présence syndicale
dans l'entreprise en renforçant les droits syndicaux et
en attribuant aux militants un statut de salariés
protégés. De là cette contradiction
surprenante : le militant d'entreprise a souvent le sentiment de
vivre dangereusement et d'exercer son mandat au détriment de
son évolution professionnelle alors même que
l'employeur considère les droits sur lesquels il s'appuie
comme autant de privilèges injustifiés.
Fruit de l'histoire sociale qui nous est particulière, ce
paradoxe explique la complexité des motivations qui animent
le militant :
L'observation des réalités de terrain offre ainsi
un paysage contrasté. L'agressivité des militants,
dans certaines entreprises, s'explique largement par le
comportement, actuel ou passé, de la Direction à leur
égard. Ailleurs, les rentes de situation dont ils
bénéficient, grâce parfois à
d'avantageux accords sur les conditions d'exercice du droit
syndical, ont par contre pour effet d'en faire les gestionnaires
scrupuleux des prérogatives sur lesquels ils s'appuient pour
mener leur action, indépendamment de l'influence qu'ils
exercent auprès de leurs camarades de travail. Le souvenir
flamboyant d'un passé de luttes, de confrontations et
d'hostilité des employeurs se combine ainsi avec l'existence
plus récente de garanties en un mixte étrange
d'agressivité verbale, de méfiance et d'exploitation
consciencieuse des droits dont bénéficie
désormais le militant.
Un problème d'actualité : celui de la
sélection des élites syndicales
Le système social français se présente
ainsi comme un équilibre instable : le militantisme syndical
n'est ni tout à fait admis dans les entreprises, ni vraiment
pourchassé, ni vraiment protégé par les
dispositions légales sur lesquelles il peut désormais
s'appuyer. Selon les cas, le militant se bat avec courage contre
des situations qui peuvent être totalement
injustifiées ou se comporte lui-même d'une
façon inadmissible, du moins aux yeux des employeurs. Bien
entendu, à se fonder de plus en plus sur des textes
légaux et de moins en moins sur l'adhésion active des
salariés à l'action qu'il mène en leur nom, le
syndicalisme risque d'y laisser son âme. Ainsi son avenir
est-il loin d'aller de soi.
Et d'abord, le syndicalisme vieillit. Nombre de militants ont
aujourd'hui atteint la cinquantaine ; ils sont proches de la
retraite et, à les entendre parfois, la relève est
loin d'être assurée. Ce sont des enfants du babyboom
et des trente glorieuses ; leur engagement s'enracine dans les
débats qui suivirent la crise de 68. Ils sont en place
depuis des années et paraissent indéracinables ;
beaucoup d'entre eux se sont enfermés dans les fonctions
qu'ils occupent, au point qu'ils ne sauraient désormais
faire autre chose ; souvent malgré eux, ils sont devenus des
notables et il leur est arrivé, par leur comportement, de
décourager les jeunes qui eussent voulu prendre des
responsabilités dans le syndicat. Puis vient l'heure de la
retraite, et alors tout s'écroule.
Ce n'est pas que les jeunes soient inactifs. La montée
de l'individualisme a bon dos. Simplement, ils pensent et
agissent différemment. Il ne saurait être question
pour eux de simplement se couler dans le moule de ce qui les a
précédés. D'où les ruptures auxquelles
nous assistons : création de syndicats Sud, multiplication
et développement des associations se réclamant, de
près ou de loin, du mouvement altermondialiste. Le
mouvement syndical se retrouve ainsi en situation de concurrence
avec les nouveaux mouvements sociaux : mouvements
écologistes, consuméristes, féministes,
tiersmondistes, collectifs de défense des opprimés,
associations de soutien de toute nature. Y aurait-il d'un
côté des organisations syndicales,
institutionnellement reconnues mais qu'abandonne peu à peu
la vie, et d'un autre, le foisonnement des indignations et des
initiatives solidaires ? Ce serait bien évidemment
caricatural que de le prétendre. Mais il n'empêche ;
l'avenir du mouvement syndical, au moins en France, est aujourd'hui
loin d'être assuré ; ou du moins, s'il l'est, il se
pourrait que ce soit au prix de ruptures qui ne sont pas
nécessairement celles que souhaitent les employeurs.
Les organisations devront ainsi, pour s'imposer dans un paysage
économique et social qui n'est plus celui de leurs origines
et de leurs traditions, surmonter un certain nombre de
difficultés :
Il va de soi, enfin, que le syndicalisme n'attirera des talents
que s'il est capable de mettre en avant un projet attractif et
socialement reconnu ; un syndicalisme de pestiférés
n'attirera que des aigris ou des têtes brûlées
; un syndicalisme de rentiers, gestionnaires de leurs
prérogatives, n'attirera que des médiocres ; c'est
pourtant celui, bien souvent, que les entreprises, par leur propre
attitude, et l'Etat, pas son incompréhension de la
réalité des rapports sociaux, ont contribué
à générer. Cette situation constitue
l'aboutissement d'un processus historique. La formation des futures
élites syndicales supposera un profond renouvellement, dont
la construction européenne, par les perspectives nouvelles
qu'elle fait surgir, pourrait finalement être l'un des
principaux moteurs.
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